Vidéo Bernard Bouveret

Publié le 10 Mars 2012

  La vidéo réalisée avec le passeur résistant Bernard Bouveret et les élèves du lycée est enfin terminée, cliquez sur l'image!

 

 

 On peut lire ci-dessous des récits de la vie de Bernard Bouveret passeur résistant puis déporté à Dachau ainsi que les analyses qu'on peut en tirer sur le plan philosophique par Maureen Figueréo, Cammille Muller, Camille Dorvidal et Emylou Mahon élèves de terminale L.

 

 

I Le récit des faits

Monsieur Bernard Bouveret est né au village de Chapelle-des-Bois que le massif du Risoux sépare de la frontière suisse. Il entre dans la résistance à 17 ans et devient l’un des agents les plus actifs du réseau de Fred Raymond. De 1942 jusqu'à son arrestation le 7 avril 1944, il fait passer avec quelques camarades engagés eux aussi, des documents et des personnes fuyant les persécutions nazies (On peut lire le détail des aventures de ces passages dans le livre Le rendez-vous des sages de Gisèle Tuaillon Nass). Mais le réseau est démantelé, le père de Bernard est arrêté à sa place. Bernard qui se trouve alors en Suisse, rentre en France pour tenter de le libérer mais ils sont tous les deux déportés à Dachau.

 Dachau est l’un des premiers camps créé par l'Allemagne nazie, en Mars 1993, seulement quelques jours après le vote des pleins pouvoirs à Hitler. Ce camp se situe en Allemagne. C'est un camp de concentration, et non pas un camp d’extermination, car on n’y a décelé aucune trace de gazage.

Monsieur Bouveret arrive à Dachau après trois jours de train entassés à 110 dans des wagons à bestiaux sans manger ni boire. C’est un tas d'hommes hagards, tenaillés par la soif, la faim, la peur que les wagons déversent sur les quais. Commence alors un long, long trajet à pied, en rang cinq par cinq « funf zu funf » comme aiment à le hurler les Allemands, les plus valides soutiennent les autres.

En arrivant au camp de Dachau, deux choses choquent plus particulièrement Mr Bouveret. La première, c’est bien sûr l’immense inscription « Arbeit mach Frei », à l’entrée du camp. C’est tout de même un drôle d’endroit pour parler de liberté. La seconde, c’est l’immense cheminée qu’il aperçoit au loin, dont s’échappe une colonne de fumée épaisse et odorante.

En arrivant, on les passe aux « mesures d’hygiène ». On les déshabille, on brûle leurs vêtements, on les tond intégralement, puis on les passe au désinfectant, épais, brûlant sur leur peau. Attribution d’un numéro -72325 pour Bernard- c’était la dernière fois qu’ils utilisaient leurs vrais noms. On leur hurle des ordres en allemand, langue qu'il n'a jamais apprise et qu'il faut pourtant comprendre pour ne pas recevoir de coups.

L’attente entassés dans des baraquements dure quinze jours, après lesquels on vient enfin en chercher deux cent pour le camp de travail à Allach. Indescriptible soulagement, sortir enfin d’ici. Mr Bouveret ainsi que son père comptent parmi les « heureux élus ». Alors qu'on les avait affublé de vêtements probablement pris à des morts, ils reçoivent maintenant des costumes de bagnards rayés, ainsi qu’un petit triangle, rouge pour eux, en leur qualité de prisonniers politiques.

Après l’appel vient la répartition en baraquements, pour travailler. C’est avec soulagement qu’il est enfin affecté à un poste en usine, avec son père. Il s’accroche au peu de chance qu’il a lorsqu’il voit revenir d’autres détenus, envoyés dans des camps de travail en extérieur, détruits, brisés par le labeur. Ceci dit, lorsqu’il assiste à la pendaison d’un jeune Russe pour « sabotage », il comprend qu’il n’aura pas droit à la moindre erreur.  

Mais il atteint le pire de l’horreur lorsqu’il est affecté au Moor-Express (l’express des marais), que les Français surnomment, à juste titre, le Mort Expresse. En effet, durant tout le temps de son affectation à cette tâche, le travail de Mr Bouveret consistera à empiler dans une charrette les corps sans vie d’ex détenus, pour les amener jusqu’à Dachau, ou ils seront brûlés. L’épaisse fumée noire s’explique donc enfin…

Le temps s’étire. Bernard tient bon, s’accroche. Mais un jour, s’en est trop. Une fois, une seule, il songea au suicide, à en finir. Puni pour avoir voulu apporter un peu de pain supplémentaire à son ami blessé, il est assigné aux travaux forcés, et doit creuser sans relâche la terre dure en pleine chaleur.

Au milieu de cet enfer, cependant, une pensée, et une seule, aide Mr Bouveret à résister. Les Alliés approchent, ils seront bientôt là. Cette seule idée, celle de voir enfin les Nazis punis, de retrouver sa famille, ses amis, un lit chaud, un peu de nourriture, bref, une vie normale le fait tenir, et l’aide à ne pas se laisser mourir ou sombrer dans la folie. 

 

II Analyses philosophiques

 

- La difficulté mais l'importance de la mise en récit

Il est difficile pour un ancien détenu de réussir à raconter ce qu’il a vécu. Il faut d’abord raviver une mémoire douloureuse, se souvenir des moments extrêmes qu’il a pu connaître. Dans un premier temps les déportés n'ont pas beaucoup parlé des épreuves qu'ils avaient traversées. Non seulement ces souvenirs étaient douloureux mais en plus la population n'était pas prête à les écouter. Et puis comment s’y prendre pour partager ces visions hors normes, quels mots pour les décrire ? Comment réussir à combler cette distance entre le langage et l’expérience ? S’ajoute à cela la peur de l’incompréhension.

Mais devant l'importance du « devoir de mémoire », la nécessité de raconter s'est imposée. Les langues se sont déliées et le travail du souvenir a pu commencer.

Nombre de résistants déportés considèrent en effet comme un «devoir » de raconter leurs souvenirs aux générations actuelles comme à celles du futur, afin de leur inculquer les notions de courage, d’altruisme, d'engagement, pour ne jamais oublier ce qui est arrivé et pour qu’un tel massacre ne se reproduise pas grâce à la construction d’une mémoire collective. Une telle mémoire comme un barrage contre les tendances les plus noires et destructrices de l'être humain.

C'est pour cette raison que Monsieur Bouveret qui fait partie des tous derniers survivants de cette histoire, se déplace maintenant et tant qu'il le peut dans les établissements scolaires.

 

-Comprendre le passé pour mieux vivre le présent

Dans une démocratie il est possible de très vite basculer dans un régime totalitaire : n’oublions pas qu’Hitler a été mis au pouvoir légalement et volontairement par des millions d’Allemands. Il fut élu démocratiquement, alors qu’il avait tenté un coup d’Etat et écrit Mein Kampf (avec tous ses idéaux racistes) en prison.

Comme le déplore Hannah Arendt dans la Condition de l'Homme moderne notre société actuelle se base sur le travail et la consommation et non plus sur la politique au sens noble de ce terme. Le peuple se désinvestit d'une activité humaine pourtant fondamentale car elle nous permet de vivre ensemble et de vivre le mieux que nous pouvons grace aux décisions que nous sommes capables de prendre lorsque nous parvenons à débattre démocratiquement. Lorsque nous sommes capables de décider ensemble de la vie et des valeurs que nous voulons mener et suivre. Or on le constate aujourd'hui, et tout particulièrement en cette période électorale, la population ne croit plus en la politique. Mais comme l'analyse également Hannah Arendt, une société de masse composée d'individus isolés, lâches et passifs qui ne savent plus débattre et agir ensemble (comme savaient encore le faire les sociétés de classes) est extrêmement manipulable.

Ainsi nous nous sentons impuissants et ne nous révoltons plus devant certains scandales et parmi les plus graves le creusement des inégalités sociales, mais aussi les nombreuses affaires liées à l'argent et au pouvoir.

Aujourd’hui pour mieux avoir prise sur notre avenir, il est important de profiter du témoignages des derniers survivants afin de mieux connaître cette histoire, d’en apprendre plus sur les conditions de vie, mais aussi comment ces personnes ont vécu l’invasion nazie moralement et mentalement, comprendre pourquoi certaines personnes telles que les résistants ont su dire « NON » et pourquoi d’autres ont fait preuve de passivité. A force de petites lâchetés c'est le pire de ce que peut connaître l'homme qui s'est finalement produit. Cela donne à réfléchir!


 

 

 

 

Rédigé par Laulevant

Publié dans #Vidéos

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Anthony LC 02/01/2013 22:13


Très beau texte et belle vidéo (émouvante) !

Sarah 18/05/2012 14:32


Admirable travail. C'est toujours aussi plaisant de visiter ce blog.