Une culture peut-elle être porteuse de valeurs universelles?

Publié le 23 Décembre 2010

 Voici deux introductions d'élèves de TL2 sur ce sujet.

J'en profite pour rappeler que dans  l'introduction d'une dissertation philosophique il faut:

1° Amener le sujet (éventuellement par un exemple) en montrant pourquoi la question peut se poser.

2°S'appuyer sur une analyse des termes qui aura été effectuée au brouillon.

Exemple d'analyse préparatoire au brouillon pour ce sujet:  

Une culture ce n'est pas la culture. Une culture implique l'idée de particularité qui doit être confrontée à celle d'universalité.

Chaque culture s'appuie sur un système de valeurs qui lui est propre. Ces valeurs liées à la morale (c'est-à-dire à ce qui est considéré comme bon ou mauvais ) orientent les comportements des individus qui obéissent ainsi à des normes.

On peut alors se demander comment une culture peut-elle être porteuse de valeurs universelles? S'agit-il d'imposer aux autres ses croyances, son mode de vie ou bien de partager avec d'autres cultures des valeurs qui seraient bonnes pour tous?

3° Proposer une problématique. De l'analyse des termes du sujet découle la mise en place d'une problématique, c'est-à-dire l'explication du problème philosophique sous-tendu par la question.


Au regard de ces critères examinez les deux introductions ci-dessous.

A la fin, l'une propose une annonce du plan l'autre non, cela n'est pas une obligation. C'est l'explication de la problématique qui compte avant tout dans ce difficile exercice de l'introduction de la dissertation!

declaration-2.jpg  Declaration_des_droits_de_l-homme_et_du_citoyen_0613.jpg


 

"La culture est acquise par l'éducation, elle constitue un ensemble de normes orientées par des valeurs par exemple, le mariage en occident est orienté par la valeur de la fidélité exclusive de l'homme et de la femme. Si ces valeurs étaient universelles, elles s'étendraient à toutes les cultures, cela serait valable pour tout être humain où qu'il se trouve, ce qui n'est pas le cas de la fidélité exclusive dans le mariage pour reprendre le même exemple (un grand nombre de pays autorisent la polygamie et plus rare, dans quelques uns se pratique la polyandrie).

Pour répondre à ce sujet, on peut se demander comment est-il possible qu'une valeur et l'interdit qui lui correspond deviennent effectivement universels (on peut penser ici au cas de la prohibition de l'inceste étudié notamment par Claude Lévi-Strauss) mais aussi au nom de quoi une culture peut prétendre porter des valeurs universelles? Quelles sont les conséquences d'une telle universalisation? Et en quoi se distingue-t-elle d'une uniformisation?

Pour répondre à ces questions il convient de montrer qu'une culture crée ou non des valeurs qui "méritent" d'être universelles ensuite de se questionner sur la manière de prôner ou d'imposer une valeur ou des valeurs comme universelles et enfin de montrer les effets que cela produit sur la diversité des cultures."

Moranne Laffly

 

 

"Nous autres êtres humains sommes issus d'une culture au moins, certains même ont leurs racines dans plusieurs cultures. De ce fait, nous avons tous une connaissance du mal et du bien, telle que nos parents nous l'ont apprise, nous savons ce que l'on peut faire,ce que l'on doit faire, ce que l'on a interdiction absolue de faire, ce qui est tolérable... Tous ces savoirs sont pour nous des normes de conduite guidés par des jugements moraux et des valeurs. On les a apprises dans un certain contexte, une certaine culture, on les met en oeuvre avec des personnes qui les partagent avec nous. Ailleurs dans le monde, ces valeurs sont complètement bouleversées, voire ignorées. Parce qu'il s'agit d'une autre culture, avec une autre histoire, un autre environnement, d'autres manières de penser, donc d'autres valeurs. Pour décrire cette culture, on cherchera toujours un point de comparaison avec la nôtre. Chaque culture se définit par comparaison, différenciation d'avec les autres, pas par son mode de fonctionnement propre, mais par ce qu'il a de différent par rapport aux autres modes de fonctionnement d'autres cultures.

Toute tentative d'imposer ses valeurs par une culture à toutes les autres reviendrait à nier ces différences, qui font l'identité de chacune des cultures : l'uniformisation des cultures serait à craindre, de même que la domination constante d'une seule et même culture. Cependant, certaines valeurs ne devraient-elles pas être universelles? Il existe des organisations qui tentent de parvenir à ce but, comme la Ligue des Droits de l'Homme, concernant le droit à la vie, à la liberté, au respect des femmes... Ces valeurs ne sont-elles pas fondamentales, et acceptables par tous? Peuvent-elles être suivies par toutes les cultures sans toutefois modifier l'essence même de ces cultures, leur permettant de conserver leur identité propre? Parce que chacun, où qu'il se trouve, a le droit de vivre librement, sans entrave à ses libertés fondamentales, il est important de tenter d'étendre partout ces valeurs. Mais alors, comment peut-on concilier le fait que chaque culture est particulière, que ses différences forment son identité, et celui que pourtant, certaines valeurs méritent, doivent même, être universellement acceptées ?"

Eloïse Tréand

Rédigé par Moranne Laffly, Eloise Tréand

Publié dans #Corrigé de dissertation

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jean-louis 18/07/2017 19:50

" Chaque culture se définit par comparaison, différenciation d'avec les autres, pas par son mode de fonctionnement propre, mais par ce qu'il a de différent par rapport aux autres modes de fonctionnement d'autres cultures."
Eh non. C'est vrai pour le professeur ou l'étudiant de philosophie qui a besoin de faire une dissertation sur la ou les cultures, mais un peuple, une ethnie n'a pas besoin de se comparer pour savoir qu'ils ont des traditions, des rites, des valeurs.
Il y a deux sortes de culture, celle dont on a fait un savoir, celle que l'on surplombe par la pensée et dans les discussions, et celle dont on n'est pas libre ou qui est devenue une seconde nature. Rien de tel pour illustrer cela que la phrase naïvement contradictoire mais très significative :
"De ce fait, nous avons tous une connaissance du mal et du bien, telle que nos parents nous l'ont apprise, nous savons ce que l'on peut faire,ce que l'on doit faire, ce que l'on a interdiction absolue de faire, ce qui est tolérable... Tous ces savoirs sont pour nous des normes de conduite guidés par des jugements moraux et des valeurs. On les a apprises dans un certain contexte, une certaine culture,
Appeler un savoir des principes que nous n'avons ni analysés, ni approuvés et dont nous ne sommes pas libre, voilà qui est magnifique ! .