Puissance de vie

Publié le 16 Juillet 2010

 

La puissance de vie est un concept central de la pensée de Freinet. Il part d'un constatparc princes nicolas de stael très simple : « la vie est », c'est à dire qu'elle n'a  nulle justification, nulle explication, elle est, et c'est sur elle qu'il faut nous appuyer, c'est son élan que nous devons préserver par tous les moyens.

 

                                                                                                 Footballeurs au Parc des Princes,   Nicolas de Staël

  Le concept de puissance de vie élaboré et mobilisé par Freinet ressemble à celui de « conatus » inventé par Spinoza. La puissance de vie tout comme le « conatus » c'est l'effort pour persévérer dans notre être, pour augmenter notre puissance d'être (d'agir ou de penser), car nous ne pouvons persévérer sans croître d'une manière ou d'une autre.

A partir de cette puissance de vie s'organisent tous les autres concepts de la pensée de Freinet. Par exemple c'est parce qu'il y a au départ cette puissance de vie, qu'il y a un tâtonnement expérimental, la vie essaie par tous les moyens dont elle dispose de se déployer, elle tâtonne pour se faire dans plusieurs directions et lorsqu'une direction convient à son développement, alors elle l'emprunte régulièrement transformant ainsi une tentative initiale en une règle de vie. La règle de vie fixée, c'est comme si une première marche avait été gravie, cette marche permettra de s'élever encore et donnera à la puissance de vie la possibilité de continuer à s'épanouir.

La puissance de vie est selon Freinet, comme le « conatus » selon Spinoza, propre à tous les êtres vivants et pas seulement à l'homme. L'homme possède simplement une perméabilité à l'expérience en principe plus développée que celle de l'animal, c'est-à-dire que très vite chez lui, un tâtonnement réussi se transforme en règle de vie, lui permettant de passer à autre chose pour continuer à croître.

Mais cette puissance de vie ne se développe pas dans le vide, elle donne forme petit à petit à l'individu qu'elle parcourt, celui-ci adopte certaines tendances permettant d'assurer son existence et de la développer. Cette puissance de vie, cette poussée vers la lumière ne va pas sans rencontrer d'obstacles, obstacles qui peuvent être constructifs et dans ce cas aident à grandir mais qui peuvent aussi réprimer de façon durable voire définitive l'épanouissement de l'individu. La diminution de la puissance de vie occasionnée par un obstacle engendre alors une souffrance qui est toujours signe d'un amoindrissement. Là encore on peut établir un parallèle entre la pensée de Freinet et celle de Spinoza pour lequel la joie correspond toujours à une augmentation de puissance tandis que la tristesse est le signe d'un affaiblissement de cette puissance.

Tout le travail du pédagogue consiste donc à faire en sorte que ces obstacles rencontrés nécessairement un jour ou l'autre dans le cours de l'existence ne conduisent pas à un rétrécissement de la puissance de vie. Il s'agit donc d'accompagner cette puissance dans la formation de la personnalité afin de lui permettre un développement maximum. L'accompagner et non l'orienter selon les attentes du maître. Bien sûr le pédagogue doit faire en sorte que l'enfant s'adapte à la société dans laquelle il vit, mais cette adaptation n'est pas l'objectif ultime de l'éducation. L'éducation n'a pas d'objectif prédéfini, au contraire, elle doit tout mettre en oeuvre pour laisser le champ libre, pour ouvrir sur l'infini des possibilités, l'inattendu, l'imprévu de la puissance de vie en expansion. Lorsque le maître tente de faire parvenir l'enfant à des fins qu'il a préétablies et même si ces fins sont orientées par des valeurs qui lui semblent les plus nobles, le développement n'est pas spontané et naturel. La puissance de vie est alors contrainte d'opérer des détours, se dissimulant sous une apparence acceptable mais nullement investie, source d'inquiétude pour l'individu qui finalement séparé de lui-même ne parvient plus à agir sous l'impulsion d'une nécessité intérieure.

Accompagner la puissance de vie, favoriser par tous les moyens son développement, cela suppose donc une attention très grande à l'enfant, aux chemins qu'il emprunte et qui sont différents pour chacun « Nous essaierons de détecter l'origine des inflexions, de distinguer les portes qui sont fermées, celles qui se sont fermées alors que l'être jeune était encore en mesure de modifier son inflexion vers une autre clarté, et celles qui sont venues placer leur barrière de nuit devant un être déjà hissé sur un passé harmonieusement construit, et qui souffre et tâtonne, parfois en vain ; qui jette d'autres rejetons qui monteront peut-être vivaces vers une autre lumière. Nous comprenons mieux alors la vie complexe et profonde sur laquelle nous voulons agir. » Essai de psychologie sensible, édition seuil, p.416.

Lire un texte de Freinet dans Philomène : "La vie est"

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