La religion ou l'avenir d'une illusion

Publié le 23 Janvier 2012

Fiche de lecture proposée par Claire élève de terminale L.


Sigmund FREUD est né en 1856 en Autriche. Après huit ans à l’université, il effectue un stage à l’hôpital où il approfondit sa connaissance de l’hystérie et de l’hypnose qui se révèle être une expérience fondamentale pour ses recherches futures notamment pour sa patiente  Anna O. En 1930, il acquiert la reconnaissance officielle de principal théoricien de la psychanalyse, grâce au prix Goethe. Cependant elle est de courte durée à cause de la montée du régime nazi qui considère la psychanalyse comme une  « science juive » ; le médecin neurologue subit l’autodafé et, est contraint de s’exiler à Londres où il meurt d’un cancer en 1939.

Ses ouvrages les plus connus sont L’Interprétation des rêves (1900), Totem et Tabou (1913) et Malaise de la culture (1929).

En 1927, la parution de L’Avenir d’une illusion soulève une tempête de protestations. Malgré ces attaques, FREUD assume son statut d’ennemi de la religion. Cependant, il regrette d’avoir traité ce problème complexe trop hâtivement et il déclare même avoir écrit son « plus mauvais livre ».

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Thème et plan du livre:


Cet ouvrage est divisé en dix chapitres.  A travers ces parties, l’auteur aborde l’origine de la religion qui est intrinsèquement liée à la culture et à son utilité pour les hommes.

Puis il établit une remise en question qui se fait grâce à la présence d’un contradicteur imaginaire de FREUD au chapitre IV. Il explique en effet  pourquoi il considère la religion comme une illusion voire comme une névrose de l’humanité.

Enfin, il essaie de résoudre le problème en proposant une éducation non religieuse en insistant sur le fait que l’évolution doit être progressive et non abrupte ou imposée, et que la science est le seul remède.

Ainsi, le lecteur suit un raisonnement logique et progressif : de l’origine de la religion jusqu’au monde actuel (1927) et est ponctué de remises en question, d’hypothèses aboutissant à des propositions concrètes.

  

Les raisons d'une croyance

« Nous qualifions donc une croyance d’illusion lorsque l’accomplissement du désir en est le motif dominant, et faisons alors abstraction de son rapport à la réalité […] »

Les raisons des croyances religieuses sont les suivantes :

-          « parce que nos aïeux y croyaient déjà »

-          « nous avons des preuves, remontant à des temps anciens »

-          « il est fondamentalement interdit de soulever la question de l’authenticité de cette croyance »

On remarque ici que les arguments résident sur l’origine et l’habitude mais qu’ils ne sont pas crédibles : et si nos aïeux croyaient à des inepties ? Devrions-nous encore les croire aujourd’hui sans les remettre en question? En outre, le dernier point montre combien on veut cacher le caractère incertain du dogme religieux et le fait que plus la chose a d’importance, moins on en exige de preuves.

Ainsi le fondement de la culture religieuse repose sur une crédibilité très faible.

 

  L’Origine : Complexe paternel-d’Œdipe          , La religion/La société

Selon Darwin puis Freud, à l’origine de l’espèce humaine, les hommes vivaient en horde dominé par un mâle despotique qui exerçait un pouvoir absolu et éliminait tout ceux qui osaient le défier. Pourtant, ses fils s’unirent, réussirent à tuer leur puissant rival puis le dévorèrent par vengeance ; mais très vite, ils se culpabilisèrent d’avoir commis ce meurtre. Le père assassiné fut alors regretté aucun des fils ne pouvait lui succéder et refusaient d’accaparer le rôle du père tyrannique.

Ainsi, lresta dans les mémoires et fût placé au rang de divinité donnant naissance à la religion et au culte d’un dieu.

 On assiste donc à la naissance de la culture :  une hiérarchie se met en place avec le renoncement des pulsions qui se divise en plusieurs  : la prohibition du cannibalisme, du meurtre, et de l’inceste correspondant au complexe d’Œdipe.

Cette origine ancestrale nous montre lequi unit culture et religion mais également l’omniprésence de la cchez l’homme.

 

  Détresse infantile, l’univers religieux -> Névrose humaine            Vérité

Le complexe paternel ancré au plus profond de l’être humain persiste de génération en génération. Ainsi, le nourrisson qui est incapable de satisfaire ses besoins seul, réclame un besoin d’être aimé et protégé.

Freud considère l’homme comme un enfant qui ne peut se sortir de ses habitudes et réagit de manière identique à toutes les situations qui surviennent et n’admet pas sa détresse et la vérité insupportable : la Terre n’est pas le centre de l’univers [héliocentrisme démontré par Galilée], ce n’est pas Dieu qui l’a créé tel qu’il est mais c’est une évolution [la question de l’Origine des espèces traitée par Darwin], et la présence frustrante de l’inconscient qu’on ne peut contrôler [Freud].

C’est pourquoi, la religion sert d’exutoire. En effet, c’est une  illusion permettant de fuir cette réalité effrayante. Quoi de plus rassurant que de savoir la présence d’un « père » qui assure une providence et une vie future, récompense, châtie et efface la peur de la mort par l’accès au paradis ?

Même avec l’âge, l’angoisse de la perte d’amour et de protection ne disparaît pas, c’est pourquoi FREUD parle de névrose de l’humanité

 

 

La science/la raison/ la psychanalyse ≠ illusion religieuse            Science

…Cependant ce drame collectif peut être surmonté car la religion est une étape transitoire dans l’évolution de l’humanité. Il s’agirait de passer de la domination du plaisir à l’acceptation de la réalité bien que ce soit une voie longue et difficile. Pourtant le processus est déjà commencé car l’essor de la science a favorisé l’abandon de la religion considérée comme vieillie et repoussante.

Et en effet, d’après Freud, seule la science qui n’est pas une illusion mais une forme de sagesse, peut estomper voire supprimer la religion et cela serait « un espoir pour l’avenir, un trésor à découvrir et un enrichissement pour la culture.»

 Le renoncement  à la religion serait un gain car les lois seraient instaurées non par un pouvoir arbitraire mais par les hommes pour leur propre intérêt. Ainsi les lois d’aujourd’hui ne sont-elles pas créées pour le bien commun de l’homme ? –Même si, par exemple, la loi qui énonce l’interdiction de tuer est issue des  Dix Commandements, elle est bénéfique à l’espèce humaine qui, sinon s’entretuerait. Il s’agit également d’une valeur morale et non d’une loi divine sans fondement.

Ce renoncement prouverait également que l’homme n’est pas dominé par ses désirs et ses pulsions mais est animé par une force intellectuelle.

 

  Qu’apporterait un monde sans religion ?                     Religion/Culture 

Au chapitre X, le contradicteur remet toute sa théorie en question et pèse le pour et le contre. Il souhaite le maintien de la religion car son renoncement apporterait, en fait que peu d’intérêt pour la culture, d’autant plus qu’elle éviterait la coupure entre la masse inculte et le penseur philosophe maintenant une stabilité essentielle pour la culture. De plus, cette doctrine accomplit les désirs et apporte une consolation dont l’humain a besoin et dont il est incapable de se séparer.

Cependant, Freud essaye d’imaginer une éducation non religieuse qui permet une évolution progressive et sans brutalité qui n’atrophierait pas la raison et au contraire renforcerait l’intelligence qui permettrait le détachement de cette illusion si ancré dans l’espèce humaine.

 

Ce que je pense de cette lecture

♦    Malgré des concepts freudiens difficiles à assimiler, L’Avenir d’une illusion, permet de se poser des questions auxquelles on ne pense pas. D’où vient la religion ? Quelle place a-t-elle dans une société évolutive ? Comment résiste-t-elle au temps ? En quoi est-elle si attirante ? On se rend compte qu’au fil du temps, la religion persiste encore et encore. Bien qu’aujourd’hui l’athéisme augmente et que la pratique religieuse se raréfie, notre calendrier est déterminé par ce culte religieux : le dimanche ; Noël ; Pâques …  Même s’ils ont changé de sens, ces événements montrent le lien entre la religion et la culture qui est complexe et quasi indissociable.

      Aussi, née dans une famille catholique, j’ai été initié à ces pratiques religieuses dès le plus jeune âge (baptême, catéchisme, communion …) ce qui permet difficilement la remise en question de cet engagement, bien que je ne fus jamais obligée de le poursuivre. Au contraire, si j’étais née dans une famille athée, je n’aurais évidemment pas demandé une éducation religieuse de mon plein gré, ce n’est donc pas,  à la base un choix personnel mais plutôt dû à l’influence familiale. Cependant, par la suite, on se créé progressivement sa propre opinion de la religion, seule et avec l’aide de lecture comme celle de ce livre de Freud. Ainsi, la religion m’est apparue comme terrifiante, absurde et semblable à une secte : réciter une prière une trentaine de fois pour recevoir le pardon, par exemple.  D’autant plus qu’on a encore aucune preuve qu’une quelconque divinité existe … ou n’existe pas. Cependant, la beauté de la Vie sur Terre, son fonctionnement parfait tend à me faire penser que cela n’est peut-être pas dû seulement au hasard.

Par conséquent, le caractère superstitieux de la religion me dépasse puisqu’il entraîne la soumission et l’enfermement de l’homme en augmentant son malheur ; toutefois, je me rapprocherais plus de la philosophie de Spinoza qui explique que tout est Dieu, chaque partie de la Nature est extraordinaire : une fleur, un oiseau, un coucher de soleil, un homme possède sa place sur Terre et « participe [ainsi] de la nature divine ».

Je ne regrette pas cette éducation religieuse car extrêmement riche, elle est une source d’inspiration inépuisable pour la littérature et l’art, et m’a parfois été utile pour la compréhension de certaines œuvres. Mais aussi, parce qu’elle fait partie intégrante de la culture occidentale. Cependant, je suis loin de la partager à 100%.      

 

 

 

 

 

Rédigé par Laulevant

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