La morale dépend-elle de nos sens?

Publié le 12 Février 2012

 

Lettre sur les aveugles de Denis Diderot

Note de lecture de Fany, élève de terminale L

 

 

Denis Diderot, écrivain, philosophe et encyclopédiste français est né en 1713 à Langres et mort en 1784 à Paris.

 L’occasion de l’écriture de la Lettre sur les aveugles (1749) a été donnée à Diderot par une “ première médicale ”, l’opération du chirurgien Réaumur sur la cataracte d’une aveugle-née. Cette Lettre présente donc les observations réalisées sur une personne aveugle et les enjeux philosophiques qui en découlent.

 

On peut trouver des liens avec les notions de perception, d’autrui, de l’interprétation, et de la morale.

 

aveugle

 

Le rapport à autrui et à la morale chez l’aveugle :

 

L’accent est mis sur un sens esthétique très particulier chez les aveugles : célébration de la sensualité, goût pour l’embonpoint, attention portée à la texture de la peau, à la voix et à ses nuances (auxquelles il est beaucoup plus sensible qu'une personne voyante), à la douceur de l’haleine. Ainsi donc chez l’aveugle, le beau se réduit au bon.

 

Pas d’existence de la pudeur chez les aveugles, seul le froid justifie la vêture de leur point de vue.

La cécité entraîne un rapport avec autrui complètement différent, si je ne vois pas les autres me voir, j’agis avec une totale liberté et sans me préoccuper du regard d’autrui. Ainsi un aveugle ne se laisse pas impressionner par un représentant du pouvoir et par les signes extérieurs de la puissance car il ne les voit pas. Il est donc libéré de leur emprise alors que paradoxalement, la vue emprisonne le voyant dans un rapport à autrui problématique car il se met dans une position de soumission face à l’autorité.

 

De même, on pourrait croire l’aveugle inhumain car contrairement à la majorité des hommes il est insensible à la souffrance d’autrui lorsqu'elle est visible.

 

S'il peut apparaître sans pitié c'est que la morale est relative à nos sens

« quelle différence y a-t-il pour un aveugle, entre un homme qui urine et un homme qui sans se plaindre verse son sang? Nous-mêmes ne cessons-nous pas de compatir lorsque la distance ou la petitesse des objets produit le même effet sur nous que la privation de la vue sur les aveugles? Tant nos vertus dépendent de notre manière de sentir et du degré auxquelles les choses extérieures nous affectent! Aussi, je ne doute point que sans la crainte du châtiment, bien des gens n'eussent moins de peine à tuer un homme à une distance où ils ne le verraient que comme une hirondelle, qu'à égorger un bœuf de leurs mains »

 

 Puisque la morale est relative à nos sens, celle-ci est donc différente chez les aveugles car ils ont une perception différente qui fait que la souffrance d’autrui est difficilement perceptible pour eux.

 

Aussi, l’aveugle déclare détester le vol cela parce que lui même ne peut voler sans être vu et ne peut pas voir s'il se fait voler.

 

Ici est confirmé le fait que chez l’homme la morale dépend en grande partie du corps, l’aveugle étant particulièrement sensible à la question du vol, sa morale s’en trouve profondément bouleversée. Cette morale se trouverait modifiée d’une autre manière pour une personne sourde par exemple.

 

 

 

La métaphysique chez l’aveugle:

 

 

Les aveugles ne sont pas sensibles « aux merveilles de la nature » car ils ne les voient pas. Du coup ils sont beaucoup moins crédules que nous. Ils n'ont pas besoin de postuler l'existence de Dieu pour rendre compte de cette beauté et de cet ordre. Et ce n'est pas parce que nous n'arrivons pas à en comprendre clairement la cause et le fonctionnement que cela prouve l'existence de Dieu!

 

Les aveugles sont donc davantage portés au matérialisme, ce qui signifie qu'ils considèrent que la matière construit toute réalité et ne vient pas d'une entité supérieure contrairement aux voyant qui penchent plus vers l'idéalisme.

 

 

Finalement, pour Diderot l’aveugle est voyant, c’est sa cécité et donc sa perspicacité si particulière qui l’éclaire sur ce qu’il est, sur ce que sont les autres et sur ce qu’est le monde.

 

 

 Opinion personnelle:

 

  La lecture de ce livre m’a réellement fait réfléchir sur le cas des aveugles. Cela m’a fait réaliser tous les changements que la cécité engendre au niveau de la perception, du rapport à autrui, de la morale, de l’interprétation chez ces personnes non voyantes alors qu’auparavant je ne m’étais jamais vraiment interrogée à propos de cette vision particulière qu’ont les aveugles.

Rédigé par Laulevant

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