La fin du courage

Publié le 28 Juin 2010

La fin du courage, le titre pourrait paraître pessimiste, marquant un jugement dépréciatif sur notre monde contemporain. En effet Cynthia Fleury comme elle le précise dans sa conclusion, n’a pas choisi au final de son titre un point d’interrogation car elle affirme sans hésitation que notre époque est bien celle de la fin du courage et cela n’est  pas sans répercussion sur l’individu.la fin du courage

Cependant le livre n'est pas totalement pessimiste car cette fin du courage peut être considérée comme  une épreuve initiatique qui ne suffira pas bien sûr à faire renaître le courage mais qui en constituera peut-être le passage obligé.

Comment convertir l’épreuve du découragement en reconquête de l’avenir ?

C’est sur fond de découragement que le courage jaillit, se reconnait et s’éprouve. Celui qui ne connaîtrait jamais le découragement, la fragilité, la dépression ne connaîtrait pas non plus le courage, courage par lequel nous faisons face justement à ce qui nous amoindrit, courage d’abord contre le découragement, courage face à soi-même dans le tremblement. Avant de plonger du haut d’une pierre dans la rivière profonde, avant de me fier, de m’abandonner à l’élan par lequel mon corps et l’eau entreront en contact je fais l’épreuve du tremblement.

Ma confiance en moi, en mon action est un abandon c’est-à-dire un acte qui ne se réduit à aucune théorie, un risque que je ne contrôle pas tout à fait et qui tout à la fois m’inquiète et me réjouit. «C’est la joie de démarrer dans la douleur inchoative de risquer » écrit Jankélévitch.

 

Cynthia Fleury commence son livre par le récit d’un parcours personnel, aveu d’une faiblesse, de sa propre faiblesse. Elle a connu le découragement, la perte de vitalité, car le courage a sa part organique, il n’existe par sans le corps, sans le cœur, le Thumos auraient dit les grecs.

Comment a-t-elle remonté la pente ?  Lorsqu’on ne trouve plus aucun ressort en soi-même il faut chercher ailleurs. Cet ailleurs, Cynthia Fleury reconnait l’avoir trouvé dans les molécules de venlafaxine même s’il est toujours un peu blessant pour notre orgueil de reconnaitre que notre état psychique dépend de causes matérielles. Cet ailleurs elle l’a trouvé aussi dans l’amitié, dans la chaleur des autres. Et puis il faut admettre que la vie n’est pas pure linéarité, nous connaissons des cycles sur lesquels nous pouvons seulement tenter de passer vite ou de nous attarder à l’instar de Montaigne « j’ai un dictionnaire tout à part moi : je passe le temps quand il est mauvais et incommode ; quand il est bon, je ne veux pas le passer, je le retâte, je m’y tiens ».

Cynthia Fleury organise son ouvrage en deux parties l’une morale, l’autre politique, l’une et l’autre inséparables car si l’acte courageux s’accomplit toujours dans la solitude, c’est un acte qui s’adresse aux autres, un acte qui ouvre un espace commun, un espace possible pour d’autres actes courageux.  Et la démocratie doit être ce lieu où le courage est toujours possible, favorisé même, ce lieu où l’on ne cherche pas à séduire pour exercer le pouvoir mais à dire au risque de ne pas plaire.

Dans la première partie Cynthia Fleury se livre à une sorte de phénoménologie du courage. Le courageux connaît la peur, le courageux possède le sens de l’à-propos et du commencement. Le courage est la source de toutes les vertus, car il est commencement, il est cet élan, cet abandon sans lequel nous ne pourrions pas être généreux, sincère, authentique, honnête. Sans cet élan impulsé parce que nous nous sentons convoqués, nous et nul autre, nous singulier, sans cet élan, s’enclenchent et nous terrassent dans l’anonymat où nous n’existons plus,  toutes les compromissions.

Le courage n’est pas capitalisable, ce n’est pas une vertu qu’on possède, il n’existe qu’en acte toujours renouvelé. On ne possède pas le courage une fois pour toute, le courage est toujours ce qui reste à faire. Ce n’est pas parce que l’on est courageux que l’on se porte au secours de l’enfant qui se noie, c’est parce que l’on se porte à son secours que l’on est courageux.  Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas un exercice du courage participant au « souci de soi ». Toujours à chaque instant c’est ce pouvoir des commencements, cet à propos que nous devons exercer en éprouvant cette peur, cette conscience de notre fragilité, de notre finitude, de nos limites, des risques de nous blesser qui ne nous empêcheront pas pour autant de nous élancer.

Mais nous ne sommes pas courageux tout seul, nous avons à éprouver notre courage parmi les autres et la société dans laquelle nous vivons, favorisera ou non la manifestation de nos courages individuels. Cynthia Fleury convoque alors Axel Honneth ou Christopher Lash, difficile d’être courageux parce qu’il est tout simplement difficile d’être soi-même dans une société du mépris qui invalide tout processus de reconnaissance, soumet l’idéal normatif au service du système économique obligeant le moi à se recroqueviller dans un narcissisme « qui est le signe même d’une dépendance, l’envers d’un manque de reconnaissance patent ».

 

Voici quelques idées fortes de ce livre dont je vous conseille vivement la lecture qui aborde encore bien d’autres thèmes. Vous y tourverez des clés pour mieux comprendre le découragement qui nous atteint aujourd’hui face à la politique ou plutôt à l’absence de politique de nos gouvernements depuis un bon nombre d’années. Vous y trouverez aussi peut-être de quoi retrouver courage, de quoi ne pas laisser faire, ne pas se laisser aller à la force passive du temps mais de quoi au contraire créer de l’engagement, de la durée.

Rédigé par laurence bouchet

Publié dans #Notes de lecture

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