L'usage de la raison nous rend-il libre? (2)

Publié le 19 Décembre 2010

 

 Ces textes sont extraits des passages des dissertations de Nolwen Cretin, Mathilde Gras, Émilie Jan, Colette Michel, Martin Millon, Guillaume Rosa et Sébastien Taillard, élèves de TS1.

Il ne s'agit pas d'une dissertation complète puisque après l'introduction, j'ai choisi parmi les textes qui m'ont été remis les bons passages argumentatifs en leur donnant un intitulé sous forme de question.

Pour un corrigé complet de ce sujet on peut se reporter à la dissertation d'Eloïse Tréand sur ce blog. Une problématique un peu différente est proposée dans l'introduction ci-dessous puisqu'elle axe davantage la réflexion sur l'opposition passion/raison que sur la connaissance de soi comme l'avait fait Eloïse.

 

INTRODUCTION

Dans son dialogue intitulé le Gorgias, Platon met en scène Calliclès, un personnage qui s'affronte à Socrate en affirmant que la liberté consiste à agir selon son bon plaisir sans se préoccuper des conventions sociales et des lois qui auraient été inventées par les faibles pour se protéger des puissants. Ainsi, la raison nous empêcherait d’être libre, puisque nous ne pourrions pas agir comme bon nous semble, et même de façon déraisonnable si nous en avions envie. Cependant, des philosophes, comme Platon lui-même ou Spinoza, estiment qu’être libre, c’est se libérer de nos dépendances envers nos passions, c'est devenir maître de nous-même et pour cela nous devons mobiliser notre raison. Pour ces philosophes, celui qui fait ce qu’il veut sans écouter sa raison est prisonnier de lui-même. En quoi notre faculté de raisonner peut-elle être une source de liberté si nous dépendons de notre raison? Mais d'un autre côté si nous agissons sans obéir à notre raison, nous obéirons à nos désirs comme le prône Calliclès  mais cela nous rendra-t-il plus libre?

Cette conciliation entre raison et liberté semble donc être, à première vue, paradoxale : l’usage de la raison conduit-il vers un asservissement aux règles qu'elle impose, ou au contraire, nous conduit-il vers une libération des passions qui nous entravent, nous donnant alors la liberté d'exercer une maîtrise sur nous-mêmes ?

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                                                                               La pythie, André Masson, 1943

 

 

L'homme est-il moins libre que l'animal à cause de sa raison ? :

  L'animal qui ne possède pas la raison ne jouit-il pas d'une liberté totale? Il n'est soumis à aucune contrainte morale, il n'a pas à se préoccuper d'anticiper l'avenir. Toutefois il est libre sans avoir conscience de cette liberté. Cela présente-il un quelconque intérêt ? La raison qui établit des distinctions et des comparaisons, permet une prise de conscience de son état. J'ai conscience que je peux faire tel ou tel choix, que je dispose d'un certain pouvoir pour changer la situation dans laquelle je me trouve, ou tout du moins pour la vivre autrement. La raison est donc à l'origine de tout sentiment de liberté ou de captivité. A l'inverse, cette conscience de soi, qui semble être le propre de l'homme, nous met face aux conséquences de nos actes et restreint la liberté. En ce sens, un homme agissant sans aucun calcul serait libre comme l'animal. Mais cette forme d'inconscience apporte l'insatisfaction d'une responsabilité non assumée. En effet, une erreur évitable par la réflexion peut laisser place aux regrets, aux remords. L'homme doté d'une raison ne peut faire comme s'il n'en disposait pas, il n'est pas un animal et ne peut se comporter comme tel, il doit assumer sa liberté. D'où cette formule paradoxale de Sartre dans l'Existentialisme est un humanisme : « l'homme est condamné à être libre ».

La raison nous soumet-elle à ses règles?

Si on définit la liberté comme pouvoir choisir, cela signifie que quoi qu’il arrive, lorsqu’un choix se présente, on est toujours libre de faire l’une ou l’autre des actions qui s’offrent à nous. « L’homme est condamné à être libre », cela signifie que quoi qu’il arrive dans notre vie, nous aurons toujours le choix donc nous serons toujours libres. Faire usage de raison ne semble donc pas s’opposer à la liberté, celle-ci peut me guider dans mes choix, mais rien ne m'oblige à la suivre. Si je choisis d'agir moralement, je n'obéis à aucune contrainte puisque j'aurais aussi bien pu faire un autre choix. Je peux donc me plier aux règles de la raison tout en étant libre puisque j'ai choisi de leur obéir.

 

 

La raison peut-elle nous rendre libre d'être nous-même en nous libérant de l'influence des autres?

La vie en société implique nécessairement une influence réciproque entre les hommes. Elle est, la plupart du temps, positive mais véhicule parfois des préjugés ou des affirmations sans fondement. Une réflexion approfondie permet d'écarter cela, de se dégager de l'influence de la société ou de l'éducation pour penser par nous-mêmes et ne pas rester prisonnier de ce que pensent les autres. On peut se sentir libre en agissant en se basant sur des préjugés mais on ne l'est vraiment qu'en se détachant des pressions extérieures. Cette tache complexe et ne pouvant s'accomplir que partiellement nécessite l'utilisation de la raison."

 

Qu'est ce que la liberté d'indifférence?

« La liberté d'indifférence » est un concept qui a été mis en place par la philosophie scolastique au moyen âge. L'idée serait que nous sommes libres lorsque nous n'avons pas de motif (de raison de choisir) dans la détermination de nos choix, rien ne nous motive à accomplir davantage un choix qu'un autre. Ainsi rien d'extérieur à nous ne nous pousserait à agir, la liberté s'exprimerait dans la spontanéité de la détermination de la volonté. La liberté n'aurait alors nul besoin de la raison pour s'affirmer.

Cette liberté d'indifférence a été critiquée par Descartes, Leibniz et Spinoza.


Est-on plus libre quand on obéit à sa passion ou à sa raison?

Un exemple: la passion du jeu chez un individu abolit sa faculté d’agir et peut menacer sa sécurité ainsi que celle de sa famille, pourtant, il est libre : personne ne l’oblige à jouer mais le désir est si fort qu’il en est dépendant. Le joueur se trouve dans un état de passivité face à sa passion (l'étymologie du mot passion indique d'ailleurs cette dimension passive, patior signifiant souffrir, éprouver, endurer, patir) : Le joueur pris par sa passion agit comme s'il n'avait plus vraiment le choix. Le raisonnement, quant à lui peut mettre en marche la volonté : celui qui mobilise sa raison connaît les choix qui s'offrent à lui, sait ce qu’il veut, ce qu’il ne veut pas, ce qui est bon pour lui, il est en mesure de choisir. Il y a donc une grande différence entre celui qui est soumis à une contrainte contre laquelle il ne peut rien : il est esclave de son désir, et celui qui choisit de se soumettre à une contrainte qu’il a décidé de s’imposer parce qu'elle relève de la raison.

Pourtant on peut s'interroger, rester rêveur devant un tel pouvoir de la raison. N'y a-t-il pas là quelque fanfaronnade? Qui n'a jamais fait l'expérience de ne pas tenir ses bonnes résolutions, d'avoir saisi par sa raison ce qui devait être accompli et pourtant d'avoir senti sa volonté flancher devant la force du désir. Faiblesse de la volonté que constatait déjà Saint-Paul dans son Epître aux Romains « Le bien que je veux, je ne le fais pas, et le mal que je ne veux pas c'est lui que j'accomplis. »

La raison nous indique les différents choix qui s'offrent à nous mais elle ne nous donne pas toujours la force d'accomplir le meilleur et la volonté ne possède pas la force d'entrainement du désir. La raison nous permet de prendre conscience de ce qui nous aliène mais son usage n'est pas suffisant à nous libérer. Sommes nous dès lors condamnés à constater impuissants notre faiblesse ou existe-t-il un moyen de nous libérer de ces passions tristes (jalousie, haine, égoïsme) qui nous dominent parfois?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 



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