L'inconscient est-il une excuse?

Publié le 28 Février 2014

 

Une dissertation de Mathieu Tillet, élève de TS

 

Notre inconscient est une partie profonde de notre esprit, il est difficile voire impossible d’y accéder consciemment, et a fortiori d'exercer un contrôle sur les désirs qu'il contient. En effet d’après Freud, le père de la psychanalyse, qui a découvert l’existence de l’inconscient, tout être humain refoule dans l'inconscient les désirs que sa partie consciente refuse de tolérer. Ces désirs reviennent ensuite hanter le patient, influant donc sur les pensées, l’état d’esprit et même sur les actes de celui-ci. Pour faire accepter ces désirs refoulés au patient, et donc le soulager, Freud a développé la psychanalyse.

 

On considérera ici qu’un acte ou une pensée est excusé à compter du moment où il sera considéré par nous-mêmes ou par la société que cet acte ou cette pensée est advenu sans qu’il ait été possible d’exercer sur lui un contrôle conscient.

 

Si l'inconscient nous détermine à notre insu à désirer, à penser et agir, nous ne sommes plus maîtres dans notre maison, comment dès lors pourrions-nous être jugés responsables ? L'inconscient nous rendrait excusables car irresponsables. Il n'y aurait plus de culpabilité car tout acte contrevenant à la justice pourrait être attribué à l'inconscient. Pourtant même si notre inconscient nous détermine nous sommes bien conscients lorsque nous agissons et donc responsables. Responsables aussi d'entreprendre de mieux nous connaître afin d'être le moins possible influencés par notre inconscient.

 

A quelles conditions l'inconscient peut-il être considéré comme une excuse ?

 

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Notre inconscient ne peut être une excuse à nos actes conscients. En effet, nos actes conscients ne peuvent être initiés que par la partie consciente de notre esprit, ce qui empêche l’inconscient d’interférer. Par acte conscient, nous entendons ici tous les actes à l’exception des réflexes, qui, puisqu’ils échappent à notre volonté, sont fondamentalement non-conscients. Puisque l’inconscient ne peut être la cause directe d’un acte conscient, il ne peut être une excuse à celui-ci. Mais à l’origine de tout acte, il y a une pensée. Et si l’inconscient ne peut agir directement sur nos actes, puisqu’il est fait de pensées, il lui est possible d’influer sur nos pensées conscientes, et, à travers elles, sur nos actes. Mais même si elle peut être influencée par l’inconscient, qui peut ainsi acquérir un certain contrôle sur les actes, la partie consciente de l’esprit conserve toujours un droit de veto sur ses actes, ce qui fait que tout acte doit préalablement être validé par la partie consciente de l’esprit, même si il est suggéré par l’inconscient. Aucun acte ne peut donc être excusé par la société, puisqu’il y a eu à un moment la possibilité concrète pour la partie consciente de l’empêcher d’advenir. Quant à nos pensées, il semblerait que notre inconscient soit en ce qui les concerne une excuse valable.

 

Néanmoins, il existe des cas dans lesquels le « droit de veto » de la partie consciente n’est pas applicable. L’inconscient serait-il une excuse dans ces cas ?

 

Il arrive que la partie consciente, lorsqu’elle est exprimée oralement, subisse une modification phonétiquement légère, mais lourde de conséquence quant au sens de la phrase. Ces modifications, distinctes de tout problème physique, sont des actions directes de l’inconscient dans des actes consciemment exécutés, et sont appelés lapsus. Les actes ainsi pilotés par l’inconscient échappent totalement au contrôle de la partie consciente. Il apparaît assez logique de considérer l’inconscient comme une excuse à ces cas de figure.

 

De plus, l’inconscient est une partie de notre esprit qu’il est a priori impossible de ne pas posséder. Or, puisqu’il apparaît que celui-ci peut intervenir dans nos actes et nos pensées, dans les deux cas de manière insidieuse et insensible, il est forcé qu’il soit ainsi capable d’intervenir chez absolument tout le monde. Or ce que chacun fait, à défaut de l’excuser, il faut bien le tolérer et l’accepter, surtout lorsqu’il apparaît qu’il est impossible de ne pas le faire. De fait, à défaut de permettre à la société d’excuser certaines de nos pensées, cela permet de nous excuser nous-mêmes d’avoir eu ces pensées, puisque tout un chacun a forcément les mêmes à un moment ou à un autre.

 

Pour ce qui est du contrôle de nos actes, il est possible d’observer l’intervention de l’inconscient à un second niveau. En effet, les pensées refoulées dans l’inconscient continuent, sous des formes amoindries et déguisées, à peser sur nos pensées conscientes. Dans certains cas extrêmes, ce poids peut causer une souffrance extrême, tant morale et psychologique que physique, et le développement de maladies psychiques. Mais dans la majorité des cas, ces pensées refoulées se contentent d’un travail souterrain, en s’insérant insidieusement parmi les pensées conscientes, et en les modifiant lentement et invisiblement. La partie consciente est alors lentement modifiée, et dérive imperceptiblement vers l’inconscient. De cette manière, par un travail de longue haleine, l’inconscient parvient à influer sur les actes et pensées conscients, ou plutôt, parvient à faire de la partie consciente une copie de plus en plus proche de lui, qui agit comme il aurait agi, pense comme il aurait pensé et poursuit les mêmes buts que lui. Il faut bien sûr noter qu’un cas de conformité totale entre conscience et inconscient n’a que de faibles chances de se produire dans la réalité, puisque les échelles de temps nécessaires à un travail aussi long et insidieux sont dans la plupart des cas largement supérieur à la vie humaine. Néanmoins, sans aller jusqu’à une conformité totale, l’inconscient est en mesure à l’échelle d’une vie humaine de modifier de manière sensible la partie consciente d’un être humain. Les pensées comme les actes de cet être humain pourraient alors être excusées, dans la mesure où il est impossible de lutter consciemment contre un ennemi de tous les instants aussi insidieux. La conscience ayant été altérée par son inconscient, il serait alors impossible de dire qu’elle n’a pas empêché son inconscient d’agir, puisqu’elle n’existe plus de manière indépendante. On parle ici d’un cas de figure théorique.

 

Cependant, il reste impossible d’excuser toutes les actions et pensées, mêmes menées par ou sous l’impulsion de l’inconscient.

 

Comme nous l’avons vu précédemment, tout être humain possède un inconscient, et tout être humain peut être, dans une mesure plus ou moins grande, influencé par celui-ci. De ce fait, il est impossible à qui que ce soit d’agir de manière consciente indépendamment de son inconscient. Donc tout acte ou pensée devrait en théorie être excusable, puisqu’il est impossible d’exercer un contrôle absolu, ce qui laisse toujours une marge d’erreur. Dans tous les cas ici présentés, on parle bien entendu d’actes et de pensées qui auraient été considérés comme inexcusable si volontairement accomplis. Or, une simple observation des divers comportements humains permet d’observer des disparités entre les hommes : certains semblent nettement plus sous l’influence de leur inconscient que d’autres. Il est bien sur possible d’invoquer l’histoire personnelle de chacun, mais, finalement, on conclut que même si l’inconscient influe sur tous, certains l’acceptent et l’accueillent alors que d’autres luttent contre lui. Les comportements induits par l’action de l’inconscient dépendent ainsi de la place que l’on lui accorde. Or, cette importance dépend de la volonté consciente de lui faire obstacle, volonté qui dépend donc de la partie consciente de l’esprit. Donc, finalement, les comportements induits par l’inconscient ne sont pas excusables puisqu’ils signifient que l’on n’a pas lutté consciemment contre l’inconscient, et donc qu’ils ont une origine consciente.

 

On peut par ailleurs se demander pourquoi l’inconscient prend parfois le pas sur le conscient. Il semblerait que ce soit du fait d’une absence de volonté de la contrer. Or, se laisser guider par son inconscient, c’est perdre son libre-arbitre personnel, le laisser être remplacé par ses pensées refoulées. Il s’agit donc d’une délégation de responsabilité : l’homme, étant libre et responsable de ses actes, peut toujours se placer sous le contrôle d’un autre, qui lui enlèvera ce besoin d’agir de manière personnelle, et les responsabilités qui vont avec. Mais l’homme ne peut pas faire en sorte que quelqu’un pense à sa place. Faute de pouvoir déléguer à l’extérieur, il se tourne donc vers lui-même. Puisque son inconscient ne désire que cela, il lui confie donc les rênes de ses pensées. Il est alors dans un état de passivité suprême, puisqu’il est spectateur de sa propre vie, sans avoir à faire ni à penser quoique ce soit. C’est pourquoi les actes et les pensées qui découlent de l’action de l’inconscient sont inexcusables : elles témoignent de l’envie de se laisser aller à la passivité en déléguant toutes responsabilités et en perdant du même coup tout libre arbitre pour se laisser guider par ses seuls désirs. L’homme retourne ainsi au statut d’animal, ce que la société ne peut accepter, et encore moins excuser.

 

Par ailleurs, le fait que l’inconscient soit parfois capable de court-circuiter la partie consciente de l’esprit, alors que celle-ci est quasiment incapable de ne serait-ce que de s’approcher de l’inconscient, montre que celui-ci serait plus fort que notre volonté. Cela signifierait que nos désirs et pensées refoulées sont plus puissants que notre volonté et libre-arbitre, c’est-à-dire que notre part animale est supérieure à notre part humaine.

 

De plus, toutes les pensées qui constituent notre inconscient sont des pensées refoulées. Cela signifie qu’avant d’agir insidieusement contre nos pensées conscientes, elles en ont fait partie. D’où, de nouveau, le fait que l’on ne puisse excuser les pensées et les actes venus de l’inconscient, puisqu’à l’origine, ils étaient conscients, et qu’un simple mécanisme de protection les a écartés de cette partie consciente.

 

Enfin, il est impossible de considérer notre inconscient comme une excuse, puisque notre inconscient est une partie de notre esprit au même titre que la conscience. De ce fait, excuser un acte de par son origine inconsciente, c’est finalement nous excuser nous tout entier. De ce fait, n’importe quel acte, puisqu’il émane de nous, est forcément excusable et excusé. L’idée de justice perd alors tout sens. De plus, il est a priori impossible de savoir si un acte ou une pensée vient de l’inconscient. Le principe selon lequel l’accusé n’a pas à justifier de son innocence s’effondre alors : l’accusation doit prouver que l’acte ou la pensée vient bien de la partie consciente de l’esprit de l’accusé, ce qui est impossible.

 

Il apparait donc finalement que l’inconscient ne peut être considéré comme une excuse valable à nos comportements et pensées. En effet, même si celui-ci agit toujours de manière à prendre au dépourvu la partie consciente de l’esprit, il reste possible et il est nécessaire de lutter contre son influence, puisqu’il met en danger l’existence même d’une forme de société organisée, basée sur la raison et sur les désirs. On peut néanmoins se demander s’il est réellement possible de contrer l’influence de l’inconscient, ou si le poids de nos pensées refoulées doit à jamais peser sur les esprits humains.

Rédigé par Laulevant

Publié dans #Corrigé de dissertation

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jean-louis 05/07/2017 20:16

L'inconscient etc c'est une interprétation toute freudienne ou psychologique des déterminismes que nous ignorons. C'est un peu hasardeux et aujourd'hui, mal porté.
Quand il y a un tremblement de terre en Amérique du Sud, je suis responsable;
Quand il y a des guerres ou des famines en Afrique, je suis responsable;
Quand mon président prend de mauvaises décisions, je sus responsable;
Quand la terre se réchauffe, je suis responsable;
Quand il y a des violences ici ou là je suis responsable;
Quand un pygmée tombe d'un arbre ou qu'un migrant se noie, je suis responsable; etc etc
Pourquoi ? Parce que je suis Dieu ou un enfant de Dieu et que si j'avais la foi et si j'étais un saint, tout irait mieux;
C'est une mégalomanie douce que nos congénères partagent en croyant qu'ils sont les maître du monde alors qu'ils sont objectivement des automates incapables de ne pas obéir aveuglément à des pensées conditionnées.

cecile 28/03/2015 19:59

Croyez-vous qu'il est possible que l'inconscient nous empêche de penser ? de désirer ?
Personnellement, j'arrive à ne pas penser, c'est même naturel et plutôt majoritaire. Je sais, c'est surprenant, mais je peux me coucher au lit et ne rien penser pendant un très long moment... ou attendre un bus et ne penser à rien !
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