L'enfance du désir, le philosophe Charles Fourier et la question de l'éducation

Publié le 3 Juillet 2012

Pour une présentation générale de la philosophie de Charles Fourier lire

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Déployer les passions par l'enfance

La pensée de Fourier tourne autour d'un concept clé : les passions. Refusant le qualificatif d'utopiste et prônant au contraire le réalisme, Fourier s'appuie pour penser l'harmonie sociale sur l'observation attentive de ses contemporains. Ces derniers apparaissent animés par quantité de passions : ambition, envie, goût pour la richesse et les honneurs, gourmandise, amours, recherche des plaisirs de toutes sortes. A l'encontre de la plupart des philosophes Fourier ne propose pas d'entraver ces passions par une éducation qui consisterait à les réprimer au profit du développement de la raison mais au contraire de les déployer dans toutes les directions et dans toutes leurs dimensions, c'est à cette condition pense-t-il que nous pourrons accomplir notre humanité et réaliser une harmonie sociale.

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Si les passions peuvent détruire dans notre monde « civilisé » (monde qui marche sur la tête) c'est qu'elles sont refrénées, retournées contre elles-mêmes, empêchées de se déployer. En « civilisation »1 ce ne sont pas les passions mais leur frustration, l'inhibition, le refoulement qui produisent la haine et la destruction.

On comprend dès lors la place décisive de l'enfant dans une théorie des passions. L'enfant n'a pas encore été perverti par la logique absurde du monde « civilisé », il peut donc servir de « boussole sociale » à partir du moment où l'on parviendra à laisser s'exprimer sa nature, c'est à dire où on le laissera déployer ses passions. A l'instar de Rousseau, Fourier pense que l'homme est bon, mais la société ou plutôt la « civilisation » le corrompt. A l'instar de Rousseau, il pense qu'une autre éducation peut aboutir à autre chose qu'au mal être et aux malheurs que nous connaissons. Mais à la différence de l'auteur d'Emile, cette éducation ne se réalise pas dans un face à face avec un précepteur puisque c'est à l'agencement des groupes que Fourier attribue la force attractive qui permettra le développement de chacun par tous. L'homme selon Fourier est un être éminemment sociable il ne peut devenir lui-même qu'au sein d'un groupe ou plutôt d'une « série ».

Comment mettre en place des « agencements » (pour reprendre un terme deleuzien) qui permettent à l'individu de déployer sa nature passionnée ou désirante?

 

 

1.La civilisation et l'échec du désir.

L'ennui dans les salles de classe!

Fourier part donc d'observations. Dans les institutions et les salles de classe ce n'est qu'ennui et monotonie, constate-t-il. Pourtant, autre constat, le petit enfant aime découvrir,il désire plus que tout apprendre et travailler. Il suffit de l'observer, il fournit des efforts considérables, il déploie une énergie extraordinaire pour apprendre à marcher, à parler, à fabriquer.

Mais pourquoi arrivés à un âge un peu plus avancé les enfants renâclent-ils, rechignent-ils à apprendre ce qu'on veut leur faire apprendre ?Soit ils se transforment en « sauvageons », soit ils renoncent à se révolter et s'enfoncent dans l'ennui. Dans tous les cas le désir d'apprendre semble avoir disparu. Quelle est la cause de cette disparition? Serait-ce le résultat de l'éducation? Avoir fait disparaître le goût d'apprendre et de travailler!

Fourier n'a pas de mots assez durs et assez drôles pour rendre compte de l'absurdité de notre système. Il fait preuve d'une ironie tout aussi mordante pour montrer les travers de notre organisation économique, de nos mœurs, du mariage et de l'éducation. Ce que Fourier dénonce dans ce dernier domaine comme ailleurs, c'est le mensonge et la duplicité qui empêchent l'enfant de pousser droit et lui ôtent toute vigueur. L'enfant ne cesse d'être soumis à des injonctions contradictoires. D'un côté s'imposent à lui les valeurs affichées par les maîtres : le savoir et la morale et de l'autre les valeurs respectées par les pères : l'ignorance et l'argent.

Et si l'on actualise Fourier on constate que cette duplicité n'a pas disparu au XXIième siècle. D'un côté le discours : le savoir (retour au fondamentaux) et la morale (qui fait un retour en force dans les programmes accompagné de cours de morale et de note de conduite) et de l'autre ce qui compte vraiment : la valorisation de l'ignorance (pourquoi lire la princesse de Clèves?) et le culte de l'argent (gagner plus).

L’éducation des maîtres ne fait pas longtemps illusion et seul, constate Fourier, un huitième des enfants de caractère un peu naïfs et « scolaires » s'y soumet, quant à celles des pères qui semble, à travers la recherche du profit et de la richesse, aller directement dans le sens des passions, elle devrait être suivie avec plus d’entrain. Mais la nature ne se laisse pas facilement dompter, et s’oppose à toute tentative d’uniformisation. Tandis que le père cherche en civilisation à communiquer ses goûts à l’enfant et lui impose sa vocation, ce dernier répugne spontanément à se soumettre à de telles leçons. L'enfant vit toujours mal à l’aise et à l’étroit dans l’enclos familial auquel il tente - parfois sans succès - d’échapper. La nature a voulu que l’affection qu’il porte à ses parents soit tierce de celle qu’ils éprouvent pour lui. C’est donc vers d’autres horizons que se dirigent ses désirs. La nature ne veut pas la reproduction d’un même modèle ; elle cherche la variété, c’est en vue de cette fin qu’elle a orienté les passions.

 

Les passions manipulées

Cependant la civilisation par un stratagème retors est parvenue à entraver le cours de la nature et le développement harmonieux des enfants. Derrière l’éducation dogmatique des professeurs et l’éducation cupide des pères qui se confortent, Fourier distingue deux autres catégories encore. L’« insurgente, donnée cabalistiquement par les camarades » et l’« évasive, donnée furtivement par les valets » pour flatter l’enfant en l’aidant à échapper au joug. Toutes deux s’opposent à la fois à celles des pères et des professeurs. Elles s’accordent donc directement aux désirs de l’enfant qui s’insurge contre ces deux formes d’autorité, mais elles imposent dans le même temps une orientation aux passions. Dans son désir d’insoumission par lequel la nature cherche à reprendre ses droits, l’enfant est guidé malgré lui. Mais sa révolte s’empêtre dans les filets du pouvoir et de l’institution. C’est celle des valets qui cherchent en se servant de lui à satisfaire leur intérêt (cela correspondrait si l'on actualise Fourier à la « culture jeune » diffusée par les médias, culture qui se prétend rebelle mais sert des intérêts marchands) ou celle des voyous « qui ont pour règle de faire tout le contraire de ce qu’on leur ordonne» ce qui limite considérablement l'exercice de leur liberté. Au bout du compte l’éducation «civilisée » est parvenue à orienter définitivement le désir de l’enfant vers les valeurs prônées secrètement par la civilisation. Ainsi les désirs les plus intimes de l’individu se trouvent orientés à son insu.

La quadruplicité (maîtres, pères, valets, camarades) de l’éducation civilisée, au moment même où elle dévie les désirs vers des fins qu’elle a déterminées, isole l’individu de l’ensemble de la société. Elle dresse secrètement chacun contre tous. Lorsque l’enfant veut réaliser son désir il est dirigé par l’insurgente et l’évasive, formes d’éducation qui l’attirent mais dont il ne maîtrise pas les aboutissements. Croyant agir de son plein gré, il est manipulé et ses passions ne connaissent qu’un semblant de développement. Les désirs qui lui semblent les plus intimes et les plus individuels - parce qu’ils se développent dans le secret - l’opposent à l’ensemble de la société. C’est toujours contre la loi, contre la volonté générale et donc contre les autres dont il se méfie que ses passions le dirigent. C’est ainsi toujours le particulier qui s’oppose secrètement à l’universel.

 

Comment sortir de l'isolement de chacun contre tous?

Le vice du système civilisé est d’avoir dressé chacun contre tous. La société se compose d’individus dont les désirs se ressemblent étrangement mais qui ne peuvent se rassembler : chacun est isolé dans des fantasmes qu’il ne peut réaliser que dans la violence. La « civilisation » n’engendre que frustration et solitude et celui qui a conservé une part des désirs spontanés de l’enfance éprouve secrètement l’espoir d’un ordre différent mais pris dans l’étau d’une société qui l’a enfermé en lui même, il ne sait pas comment changer.


Comment sortir de cette logique absurde ? Nous ne disposons en civilisation que de femmes et d’hommes dont les passions ont été manipulées. Arrivés à un certain stade de leur développement les individus ne sont plus libres de sortir de la société à laquelle ils appartiennent. Le changement semble condamné. La civilisation a établi des instances qui lui permettent de se reproduire indéfiniment. Comment, parvenus à notre maturité, serons-nous capables d’aiguiller nos désirs vers de nouveaux horizons ?

Au lieu de déboussoler l'enfant, mieux vaut alors nous laisser guider par lui, comme par une « boussole sociale »!

 

 

2.Un autre regard sur l'enfance.


Les enfants, infatigables travailleurs!

Afin de remettre la société à l'endroit et de trouver la base sur laquelle prendre appui Fourier observe les enfants en civilisation de toute l'acuité de son regard acéré. Pas besoin d'aller imaginer comme Rousseau un état de nature, la nature passionnée de l'enfant s'étale sous nos yeux et nous ne savons pas toujours la regarder. Au lieu de nous lamenter en contraignant les enfants à faire leurs devoirs scolaires comme cela se voit en civilisation, observons plutôt leur vigueur à l'ouvrage :

« Il n'y a point d'enfants paresseux, même en civilisation. Tous sont des travailleurs infatigables quand la fantaisie leur en prend. Voyez-les dans leurs nobles expéditions qu'ils appellent des farces, quand ils vont casser des vitres, tirer des sonnettes, démolir un mur, arracher des palissades, etc. Ils travaillent comme des maniaques. Eh! Quel est celui qui s'y porte avec le plus d'ardeur? C'est le plus petit, tout fier d'être admis à faire des farces avec de plus grands que lui. En pareils cas, ces diablotins bravent les frimas et les fatigues, et les dangers (ce qui serait un supplice s'ils étaient ordonnés par le père) pour travailler, car cette prétendue farce est un véritable travail. »2

 

Laissons-nous charmer par l'enthousiasme et l'énergie enfantine!

Chez Fourier comme chez l'ensemble des penseurs socialistes du XIXesiècle, le travail constitue un des piliers de l'accomplissement humain. Mais rompant avec la tradition qui en fait une souffrance obligée, il s'agit chez lui d'un « travail attrayant » c'est-à-dire lié à l'exercice des passions. Pour savoir ce que signifie le travail attrayant il suffit d'observer les enfants à l'oeuvre ! Ne sont-ils pas dotés d'un véritable pouvoir d'entraînement ? Pour sortir des ornières de la civilisation observons-les, laissons-nous charmer et gagner par leur enthousiasme, par leur énergie communicative ; leurs désirs n'ont pas subi la déformation que leur imprime la « civilisation ».

A partir de cette observation (les enfants : aiment passionnément le travail) on peut comprendre comment s'organise le phalanstère3. Dans le phalanstère (c'est-à-dire dans le monde réaliste, qui s'appuie sur l'être humain réel et non imaginé) les enfants travaillent. Dès l'âge de 3 ans ils s'activent dans la fabrique, vont d'un atelier à l'autre et gagnent un salaire. Ils acquièrent donc très tôt une autonomie financière et ne sont jamais redevables d'une dette à l'égard de leurs parents. Fourier serait opposé à la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans telle qu'elle existe dans notre système. Elle rend les enfants dépendants et elle les enferme dans une salle de classe les privant du plaisir de « fureter », de fabriquer et de produire. Elle soustrait à l'ensemble de la société des travailleurs hors-pairs, de véritables modèles d'ardeur et de dévouement pour le collectif. Les enfants sont prêts à accomplir les tâches les plus pénibles, tels ceux qui s'agrègent dans le phalanstère aux « petites hordes » pour entretenir les voiries et ramasser les ordures. Ce n'est pas l'esprit de sacrifice qui les anime, ils n'agissent pas non plus sous la contrainte lorsqu'ils accomplissent de tels travaux mais ils trouvent là un moyen d'accomplir leur passion pour la saleté et de surcroît leur énergie est démultipliée par la fierté d'oeuvrer pour le bien commun, fierté qu'ils pourront manifester à leur guise lorsqu'ils arboreront les titres d'honneurs et de reconnaissance. Les enfants raffolent en effet des médailles, des panaches et autres étendards qu'au phalanstère on ne manquera pas de leur remettre lors de grandes parades cérémonielles.

 

L'enfant élevé par ses pairs

Poursuivons notre observation guidée par le regard perspicace de Fourier. L'enfant aime travailler et apprendre et cela s'accompagne du désir d'être reconnu. L'enfant naturellement s'oriente dans des séries, car il admire plus que tout les enfants légèrement plus âgés que lui et souhaite ardemment s'agréger à leur groupe. Fourier refuserait la scolarité telle que nous la connaissons car elle s'effectue toujours dans un rapport frontal enfants/parent, élèves/professeur. Dans de telles situations chacun constatera que l'enfant rechigne à recevoir des leçons. A l'inverse l'éducation ne s'opère pas au phalanstère dans la verticalité d'un rapport mais de façon horizontale. Ce sont les tribus enfantines, comme le veut l’attirance naturelle, qui assurent l'éducation. Au phalanstère, l’enfant est élevé par ceux qu’il admire le plus : des camarades légèrement plus âgés. Ainsi par exemple le poupon grandira-t-il grâce à son admiration pour les lutins qui eux-mêmes auront le plus ardent désir de développer leurs talents pour s’agréger aux tribus bambiniques. « Le véritable instituteur de l'enfant, le ressort qui peut seul faire naître chez lui le feu sacré, l'émulation industrielle, c'est une compagnie d'autres enfants plus âgés de six mois ou un an, plus éminents en dignités et décorations et exerçant sur lui l'influence du charme corporatif; de là naît la subordination passionnée des enfants » 4

C’est à cette condition que les progrès deviendront remarquables ; les enfants sont en effet beaucoup moins indulgents entre eux que ne le sont les parents vis-à-vis d’une progéniture qu’ils laissent stagner par gâtisme et manque de lucidité.

 

 

Attentif à la diversité

Enfin, le rôle de l’éducation consiste à établir un lien entre les générations, elle permet la transmission des choses humaines. Mais en civilisation cet ordre est figé, c’est celui de la contrainte monotone. A l’inverse l’harmonie engendre la nouveauté, elle met les institutions au service du désir ou plutôt des passions multiples, elle ne soumet pas le désir aux institutions. Elle n’impose pas à l’homme une seconde nature qui tout au plus dissimule les penchants qu’elle prétend combattre. L’éducation sociétaire ne contraint pas la nature, elle l’accompagne. Il s’agit non de transformer l’individu, mais de tout faire pour empêcher l’arrêt de son développement naturel. La nature chez Fourier n’est pas une essence fixe permettant de définir l’homme ; il la conçoit plutôt comme un principe de production du divers à partir des treize passions fondamentales5 qui nous habitent.

Il n’y a pas de nature humaine univoque, en fonction de l'agencement de 13 passions, il y a des natures individuelles, infiniment variées. Tout est possible aux êtres humains, et c’est cette infinité de possibles que l’éducation doit découvrir et actualiser. Il faut là encore observer mais cette fois-ci non pas les attractions que les enfants possèdent en commun mais ce qui les distingue et fait de chacun un être singulier ; cette haute fonction est attribuée au « mentorins » et « mentorines » qui ont pour mission « de discerner le tempérament de l’enfant et lui assigner, comme au caractère, son rang dans l’échelle des huit cent dix tempéraments de plein titre, ou des quatre cent cinq de demi-titre».

À l’inverse de ce qui se produit en civilisation où l’éducation impose une fin décidée à l’avance et semblable pour tous, Fourier propose une éducation qui déploie ce qui est unique en chacun. D’où son souci de classification, qui n’a pas pour but d’enserrer la réalité dans des catégories mais plutôt de révéler les variétés d’êtres singuliers que la nature produit. La classification dévoile les nuances de la réalité ; aussi celle qui concerne l’enfance est-elle particulièrement détaillée.

Fourier ne saurait se contenter des quelques mots que nous utilisons pour distinguer les différentes phases de la jeunesse. Nourrisson, enfant, adolescent sont des termes pauvres qui masquent une réalité diversifiée. Il invente alors une terminologie permettant de distinguer neuf étapes (chacune se subdivisant encore en trois) dans l’évolution de l’enfant.

« Nourrissons et nourrissonnes 0 à 9 mois, poupons et pouponnes 9 à 21 mois, lutins et lutines 21 à 36 mois, bambins et bambines 36 à 4 ½ ans, chérubins et chérubines 4 ½ à 6 ½ ans, séraphins et séraphines 6 ½ à 9 ans, lycéens et lycéennes 9 à 12 ans, gymnasiens et gymnasiennes 12 à 15 ans, jouvenceaux et jouvencelles 15 à 19 ans »6

Cette classification selon l’âge permet de repérer des phases de développement matériel et spirituel qui devront être respectées dans le système sociétaire ; mais elle ne suffit pas.

Elle ne dit rien de la diversité des caractères que la nature engendre. Déjà parmi les nourrissons, les poupons et les bambins, on distingue trois traits de caractère essentiels : « les pacifiques ou bénins, les rétifs ou malins, les désolants ou diablotins. » L’éducation sociétaire devra être attentive à ces différentes catégories pour leur permettre de se développer pleinement.

Cette diversité d’inclinations se retrouve en moyenne et haute enfance. Les uns sont attirés par la malpropreté, tandis que les autres aiment la parure et le soin.

Une fois cette diversité mise au jour il faut créer des instances qui lui permettront de se déployer et non d’être réduite comme cela se produit en civilisation. Ce déploiement ne conduira pas au désordre et à la dispersion mais à l’ordre combiné et à l’unité. Une passion ne se développe harmonieusement qu’étayée par d’autres. Ainsi il faudra-t-il regrouper les diverses tendances repérées pour former des séries. Le regroupement par affinités communes favorisera l’émulation et stimulera les enfants dans leur développement.

Toutes les passions ont leur place dans le phalanstère, même celles qui semblent les moins sociables. L’institution des séries permet aux passions de se réaliser avec raffinement, elle permet également de les rendre inoffensives. En civilisation on prétend que certaines passions doivent être éradiquées car elles nuisent à l’ensemble de la société. Fourier envisage la possibilité d’un autre essor. Si les passions sont nuisibles en civilisation c’est parce qu’elles n’ont pu trouver le chemin d’un développement sériel. Il faudra donc permettre aux tempéraments semblables de se regrouper. Par exemple, les « pouponnâtres démoniaques » cesseront dès qu'ils seront rassemblés dans une série de nuire à leur entourage.

« Aura-t-on, selon le voeux de la morale, changé les passions des petits enfants ? Non, on les aura développées.[...] Les plus tapageurs cesseront de crier, quand ils seront réunis à une douzaine de petits démons aussi méchants qu’eux. Ils seront comme les ferrailleurs, qui deviennent fort doux et renoncent à l’humeur massacrante, en compagnie de leurs égaux  ». 7

De même les chérubins qui ont le goût de la saleté et de la grossièreté s’agrégeront aux séries des petites hordes et deviendront en harmonie la base de l’organisation sociale.

 

De Fourier à Freinet...

Fourier s'inscrit dans un courant d'interrogation sur l'éducation qui trouve ses racines dans le XVIIIe siècle (avec par exemple l'expérience de Jacotot) et parcourt le XIXe siècle (avec par exemple les écoles mutuelles) pour trouver des prolongements au XXe.

Ainsi pourrait-on par exemple analyser des rapprochements, des prolongements et une mise en pratique chez Célestin Freinet. On trouve chez ce pédagogue le même constat : le goût d'apprendre est vif chez les jeunes enfants mais il s'éteint après quelques années d'école. Aussi Freinet comme Fourier a-t-il cherché à mettre en place des agencements (tâtonnement expérimental, étude du milieu hors des murs de la classe, apprentissage mutuel, organisation de la vie collective, attention à la singularité de chacun) afin de ne pas laisser se perdre la belle énergie du désir.




1Lorsque Fourier évoque la civilisation c'est toujours de façon péjorative pour critiquer l'organisation sociale que nous connaissons et qu'il oppose à la période d'Harmonie dont sa philosophie mise en application, conduira à l'avènement.

2Cité par René Shérer, Vers une enfance majeure, textes sur l'éducation, La Fabrique éditions, 2006. P.48

3Phalanstère : lieu de vie communautaire qui abrite mille huit cents à deux mille personnes et où l'essor des passions est favorisé. La construction des premiers phalanstères produira un effet de contagion et bientôt la planète s'en couvrira pense Fourier, produisant ainsi une phase d'harmonie sociale sans passer par une transformation violente de la société qu'imposerait une révolution.

4Cité par René Shérer, Vers une enfance majeure, textes sur l'éducation, La Fabrique éditions, 2006. P.83

5Fourier dénombre 13 passions qui habitent chacun de nous mais se modulent à l'infini selon les singularités. Cinq passions matérielles liées à l'exercice de nos cinq sens, quatre passions spirituelles liées aux sentiments : ambition, amitié, familisme, amour ; trois passions mécanisantes : la papillonne, la cabaliste et la composite et une passion sociale : l'unitéïsme.

6 Vers une enfance majeure, textes sur l'éducation, P.69

7Nouveau monde industriel et sociétaire, Presses du réel, 2001.

Rédigé par Laulevant

Publié dans #Réflexions sur la pédagogie

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Anthony LC 02/01/2013 22:19


Texte éclairant ! :)