L'art est-il un jeu?

Publié le 26 Mars 2012

Un texte libre sous forme de dissertation proposé par Claire, elève de terminale L.

 

L'art est un moyen de définir une identité culturelle : les masques africains ne reflètent pas le même état d’esprit, les mêmes valeurs que le classicisme de la Grèce antique, il est aussi la perpétuelle recherche du Beau ; malgré cela c'est parfois une activité délaissée, considéré comme futile et sans importance. Au contraire de la science par exemple qui elle, est utile à l’Homme car elle est prometteuse de progrès constant, réputée pour sa rationalité, sa précision, son sérieux…

Ainsi l’art est-il synonyme de gratuité, de facilité et de jeu. Considéré comme un jeu car, avant tout le jeu est une activité lié au plaisir, à la détente et par conséquent, l’art le serait aussi. Si l'on voit bien les liens entre l'art et le jeu (gratuité, divertissement, plaisir) peut-on réduire le premier au second. L'art ne comporte-t-il pas une autre dimension qui ne le réduit ni au travail d'un côté (toujours intéressé en ce qu'il est lié à nos besoins) ni au jeu?

 

 

 

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Spontanément, on dit que l’art est un jeu. Et en effet, quoi de plus amusant que de mélanger deux couleurs pour en créer une troisième ou de souffler dans une trompette, qui émet un son différent si l’on utilise les pistons ? Ainsi, on peut trouver dans l’art un moyen de prendre du plaisir, de se divertir. Grâce à son caractère ludique, le jeu comme l’art se transforme en passe-temps : ils deviennent des occupations que l’homme privilégie et auxquelles il s’adonne dans les moments de loisir. Par conséquent, ces activités sont tout à fait libres et gratuites : l’homme se livre à elles lors de moments vacants et inoccupés. De plus, elles n’impliquent que peu de contraintes, on est libre de choisir d’arrêter momentanément et reprendre par la suite. D’autant plus que l’arrêt permet une « décantation » : avec le temps, l’imaginaire travaille, même inconsciemment ce qui favorise une créativité plus aboutie. La création artistique est, comme le jeu un moyen de se divertir librement.

Ils sont donc similaires sur un point : ils permettent d’accéder à une part de bonheur car ce sont des instants ponctuels de plaisir.

Ainsi, l’art revêt un caractère ludique car il sollicite avant tout l’imaginaire et la créativité que la science ne permet aucunement.

Cependant, l’art et le jeu peuvent être considérés également comme une perte de temps, des activités inutiles qui n’aboutissent à rien. En effet, contrairement à la science ou à la technique, l’art n’a pas de dessein final utilitaire à l’humanité. En quoi le monde changerait si l’on atteignait la Beauté absolue ? Par contre, l’éventuelle découverte du vaccin contre le SIDA transformerait la vie de milliers d’hommes. Faire de l’art et jouer ne servant à rien, pourquoi consacrer autant de temps à quelque chose d’inutile ?

Cette idée, communément admise peut cependant être remise en question car oui, l’art nécessite de l’imagination et donc une certaine forme de liberté et de vagabondage, souvent associée à la fainéantise, tout comme le jeu, qui est synonyme de plaisir mais qui reste futile ; mais ne serait-ce qu'en cela, l’art n’est-il pas essentiel à la vie  ?

 

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Une des règles principales d’un jeu est celle de la présence d’un gagnant et par conséquent d’un perdant. Mais peut-on en dire autant de l’art ? –Non, pour Nietzsche, l’art, notamment la musique est la source de la tragédie. Reprenant la pensée de Schopenhauer, la musique serait l’affirmation de la vie, une expression d’un vouloir vivre universel et primitif. La tragédie et l’art opposent et réconcilient les deux figures divines que sont Dionysos, représentant l’ivresse et l’instinct et Apollon, dieu de la contemplation et de la connaissance rationnelle. Par conséquent, Nietzsche a une vision de l’art qui n'est pas de l'ordre du divertisssement. L'art est une façon de s'affirmer en tant qu'humain, de donner un sens à notre existence.

L’art est également une quête éternelle et infinie du Beau. Et même si un artiste s’en approche et gagne beaucoup d’argent, peut-on encore dire qu’il s’agisse là d’art ? Au même titre que les jeux d’argent : restent-ils des jeux ?

Ainsi il est préférable que l’argent n’entre pas dans l’univers du jeu et de l’art car il dénature et supprime l’aspect enfantin et innocent aux dépend d’une autre cause : la richesse.

Mis à part l’aspect ludique du jeu, une autre caractéristique, que l’on oublie souvent est celle de la présence de règles : n’a-t-on jamais vu un jeu sans règles ? Les différentes manières spécifiques de déplacer les pions d’échec en sont, l’interdiction de regarder sous le bandeau à colin-maillard aussi. Ainsi tout jeu signifie intrinsèquement des règles.

L’application de ces règles induit indéniablement une rigueur certaine que l’on retrouve dans l’art.

En effet, dans L’Ecole d’Athènes, Raphaël n’a surement pas placé ses personnages au hasard. Une véritable composition a été mise en place par une ou plusieurs ébauches préalables. Ainsi une discipline s’impose accompagnée d’une technique que l’on découvre par les perspectives. Aussi, ces techniques ne sont pas innées et ainsi elles s’acquièrent grâce à une formation : le peintre n’est pas né en sachant parfaitement réaliser les proportions anatomiques et les subtils dégradés qui mettent en exergue le réalisme des figures.

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Cela exige donc un effort de concentration qui se remarque aussi dans les jeux de stratégie par exemple où la logique doit être présente.

De plus, les gammes du musicien, les répétitions du comédien et du danseur, les multiples esquisses qui précèdent une œuvre remettent en cause la soi-disant oisiveté et paresse de l’artiste.

Ainsi, l’art s’apparente encore une fois au jeu à travers ses éléments réglementaires et contraignants.

 

 

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A travers le langage courant, on remarque que le jeu est en réalité souvent associé au domaine de l’art. Ainsi on peut trouver « le jeu d’un acteur » surprenant ou admirer un « jeu d’ombres et de lumières » ou tout simplement « jouer d’un instrument ». Ainsi, l’art est considéré comme un jeu au quotidien sans qu’on n’y prête plus attention. Ces jeux de mots justement, traduisent l’expression que l’on transmet dans son art. Un comédien s’exprime à travers un rôle qu’il s’est approprié même si ce rôle diffère de son propre caractère. Il en va de même pour la musique, la danse, la peinture… L’art est donc un moyen de s’exprimer et dispose de multiples facettes.

Et un jeu le permet également, notamment les jeux de rôles auxquels les enfants s’adonnent abondamment. Qui, dans son enfance, n’a pas joué a incarner des rôles ceux des parents, des héros ? L’enfant se crée un monde imaginaire qui lui permet de s’exprimer dès son plus jeune âge. Grâce à son imagination, il invente, il imagine développant ainsi de nombreuses qualités dont le rapport avec autrui car la solitude s’accorde mal avec le jeu.

Pour l’adulte, il est beaucoup plus difficile de jouer car le jeu est associé à l’enfance et donc la peur du ridicule s’installe.

Comme le jeu, l’art est extériorisé c'est-à-dire que c’est pour les autres, qu’il vient des autres. Beaucoup de personnes vont au musée, à l’opéra sans jamais avoir touché un pinceau, un instrument ou un collant. Cependant, c’est en pratiquant que l’on s’aperçoit de la réelle complexité de l’art, cela devient plus concret et propre à soi et non extérieur. Ainsi, lorsqu’on le pratique on remarque que l’art aboutit indéniablement à une production, une œuvre concrète tandis que le jeu, qui est uniquement un divertissement reste improductif.

Quand on regarde les gracieuses ballerines effectuer de jolis sauts, on ne pense pas forcément au travail qu’ils requièrent, bien que le but soit de cacher tout effort. Pourtant, dès que le spectateur tente d’imiter avec son propre corps, la réalité lui saute aux yeux et la facilité de l’art est également remis en question. Et ce pourquoi, on apprécie d’autant plus l’effet spectaculaire du mouvement.

Le jeu chez l’enfant est un phénomène semblable puisque ses jeux imaginaires lui permettent de se confronter par la suite à une réalité plus brutale.

L’art et le jeu sont donc ici deux activités essentiels à l’homme : en plus d’une source inépuisable de s’exprimer, de se sociabiliser, elles permettent un véritable éveil au monde extérieur.

 

 

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En fin de compte, on peut dire que l’art est un jeu. Pas uniquement par son caractère ludique et imaginaire, mais aussi par son aspect rigoureux. Bien sûr, il convient de nuancer car les jeux, nous l’avons vu, ne sont pas tous de même nature. Ainsi l’art, s’éloignant tout au plus du jeu d’argent, se rapproche et se maintient, en revanche, entre le jeu de rôle, de stratégie et de société ; par conséquent, toutes ces qualités sont nécessaires à l’homme qui peut les appliquer au quotidien. Mais à la différence du jeu, l'art est aussi un moyen d'exprimer notre condition humaine de façon durable à travers les oeuvres qui font de notre monde un monde habitable, un monde où il n'est pas seulement question de répondre à des besoins vitaux.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rédigé par Laulevant

Publié dans #Texte libre

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René Chabrière 26/05/2012 23:12


Je me méfie d'instinct des discours sur l'art, notamment quand celui qui disserte n'a jamais eu l'expérience  d'une  toile ou d'un pinceau.


 


Il semblerait qu'on entre tout de suite dans ce cas de figure, en affirmant d'entrée que le but de l'art est le beau...  si cela n'est pas à exclure, ce n'est pas l'intention générale de
toutes les expressions  artistiques,  il suffit  de regarder les tableaux  d'Otto Dix, pour  se convaincre  du contraire.


- voir mon article à ce sujet


C'est donc  d'abord une forme  d'expression en relation avec l'époque, sauf que cette expression ne prend pas les mots comme support.


 


Quant aux masques  africains,  deuxième contresens. La plupart des sociétés et ethnie d'Afrique n'ont pas les mêmes  notions  que nous sur
l'esthétique,  et le beau en particulier. Le masque  est supposé incarner un esprit, celui des anciens, celui des divinités et se transmet à des viovants  ( les vivants le
portent, ils  deviennent  abstraits car dissimulés derrière la présence du masque).


Il est censé être efficace, contre les maladies, la sécheresse, , favorable à la fécondité, la divination...


Et des objets  esthétiquement très réussis à notre point de vue occidental, peuvent  être  désacralisés, c'est à dire plus ou  moins jetés au rebut, ou rentrer dans le circuit
commercial pour touristes  et amateurs.


 


Il peut être volontairement difforme selon le rôle qu'on lui donne. Il n'y a donc pas  de recherche  esthétique à proprement parler,   mais un conseil des sages, des anciens -
jauge la réalisation non pas la plus belle, mais celle  qui incarne le mieux "l'esprit".


 


En art, la question du beau est certes présente, par exemple dans le rôle de la conservation des musées... de fait il semble qu'on conserve davantage une oeuvre à cause  de son caractère
précieux  et unique, et c'est de par la rareté, qu'on y accole un jugement esthétique valorisant. 


Circuit mental que s'est efforcé de remttre en cause Marcel Duchamp en introduisant des objets manufacturés comme objets esthétiques  dans un musée,  ce qui crée encore  des ondes
de choc et bien des palabres  aujourd'hui.