Jouer avec les apparences

Publié le 28 Novembre 2009

  Texte de Léa, terminale L1                                                                                                                                                     

 

 

Nous arrivons au théâtre le cœur palpitant, tout curieux de retrouver ce lieu, nous fouinons dans les coulisses et là nous tombons sur les costumes des Nuits de Joux. Ils sont tous entassés, les uns sur les autres, vides, dénudés de leurs corps, de leurs chairs, de leurs cœurs. Ces costumes immobiles, enfermés dans le placard nous laissent sans voix à l’idée que les Nuits de Joux sont terminées et que ces tissus, ces couleurs prennent la poussière. Surtout qu’une affiche indique qu’il est interdit de les toucher, de les déplacer. Déçus, nous fermons le placard et nous allons sur scène pour travailler notre pièce.

L’image de ces costumes nous reste en tête. Avons-nous les faire revivre ? Avons-nous besoin d’avoir un costume dans la vie de tous les jours ? Notre identité ne se résout-elle pas à une apparence créée de toutes pièces ? Est-ce en incarnant un personnage extérieur à soi que l’on se découvre soi-même ?

                                          Image du film Priscilla folle du désert de Stephan Elliott

 

 

Il y a ce que l’on donne à voir et ce que l’on est. Au fur et à mesure du jeu, le comédien apprend qui il est, il se livre à une introspection. Il y a donc un paradoxe car le comédien donne à voir un personnage qu’il n’est pas mais il se sert de ce qu’il est pour faire vivre celui-ci.

Au moment de la première montée en scène, le comédien est sans costume de théâtre, il ne connaît pas son metteur en scène. La troupe commence à travailler suivant les indications qu’il donne, les comédiens improvisent sur des bouts de phrases donnés au hasard, une situation, un état puis le texte est étudié, il faut l’apprivoiser en faisant ici aussi des improvisations.

En cherchant à comprendre ce que le texte veut dire, qui sont les personnages, nous nous rendons compte de deux choses : ce que l’on donne à voir (la représentation d’un personnage) et ce que l’on est ( les parties de nous qui influencent, construisent un personnage). En jouant devant la troupe et notre metteur en scène nous observons leurs réactions sur nos gestes, nos intonations, les paroles que l’on prononce. C’est ainsi que nous prenons conscience de ce que nous sommes et de ce que nous donnons à voir car le comédien joue et pour jouer, il montre ce qu’il est, c’est-à-dire ce qu’il fait quotidiennement mais il imite aussi les caractères qu’il a perçus chez d’autres, s’inspire de pièces qu’il a déjà vues, des jeux des autres comédiens.

A la suite de ces exercices de jeux, le metteur en scène nous donne notre rôle et à notre surprise :  nous trouvons qu’il ne nous convient pas, que ce n’est pas nous, il ne nous ressemble pas. Mais à force de travailler sous l’identité de notre personnage, nous devenons lui, nous le devinons,  nous nous mélangeons et finissons par fusionner. Cette fusion qui au début nous paraissait impossible, nous révèle une facette de notre personnalité que nous désirons tant cacher parfois. Par exemple lorsque des filles n’acceptent pas de mettre en avant leur féminité, leur sensibilité sur scène ou au quotidien car dans celui-ci elles se montrent parfois arrogantes dans leurs costumes de garçon manqué.

 L’apparence que nous donnons de nous-mêmes diffère de ce que nous sommes en réalité mais en même temps cette apparence trompeuse contribue à fabriquer notre identité comme le comédien qui fusionne avec son personnage.

Ainsi, à première vue les apparences sont comparables à des costumes, un maquillage qui cachent l’essence de notre être. Mais cette apparence ne dissimule pas forcément ce que nous sommes, elle peut fusionner avec notre être comme lorsque qu’un comédien joue un personnage en contradiction avec lui et qu’il se découvre au fur et à mesure du jeu.

L’apparence que nous donnons à voir n’est donc pas un simple emballage car elle façonne notre identité et la remet en question sans cesse avec les nouveaux, les différents styles, la mode que l’on aime tester. C’est pourquoi nous avons ressenti un vide lorsque que nous avons vu les costumes des Nuits de Joux qui étaient devenus de simples bouts de tissu sans leurs corps, leurs êtres après les avoir vus en scène, vivants, fusionnant avec leur comédien.

Se donner en spectacle permet de se livrer à une introspection pour découvrir l’essence de ce que l’on est.                          
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Regard éloigné

 



Rédigé par Laulevant

Publié dans #Texte libre

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YVAN ETIEMBRE 03/02/2013 16:19


C'est un bon texte, Lea


Merci d'avoir fait référence à mon site.

yvan 28/11/2009 18:38


Merci de vos références à mon travail.
Le texte sur le théatre est par ailleurs tres interessant.Bravo!
(je suis un ancien prof de philo et d'anthropologie)