Hopper à la fondation de l'Hermitage

Publié le 11 Juillet 2010

Jusqu’au 17 octobre 2010 exposition Hopper à Lausanne dans le beau musée de l’Hermitage qui domine le lac Léman.

J’aime les tableaux de ce peintre, oeuvres empreintes d’une profonde mélancolie, femme seule dans une salle de spectacle, ou dans un bar, attablée regard perdu, routes désertes et  stations service au milieu de nulle part, phares se dressant au dessus de l’étendue, grandes maisons vides donnant sur la forêt.

Hopper vécu quelques temps à Paris et l’on voit dans les tableaux exposés à Lausanne des traces de ce passage. Peinture de Paris mais aussi influences d’artistes français comme Manet, Toulouse Lautrec, Degas.

J’aime ce peintre en apparence réaliste mais ouvrant au spectateur son intérieur peuplé de rêves. Quelque chose de surréaliste, on pourrait penser à Delvaux, à Magritte mais là où les surréalistes s’emparent du fantastique, Hopper reste pudiquement sur le seuil.

Toiles mélancoliques et pourtant la vie tout près, la vie à fleur de peau, la vie se tapit, la vie va jaillir.

La vie, l’élan dans les voiles qui se gonflent et les bateaux penchés, dans la nature, obscure et sauvage autour de la maison.

La vie reprendra ses droits sur la mélancolie.


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                                    A woman in the sun, 1961


Elle est seule dans la lumière, elle a attendu, attendu, elle n’attend plus.

Elle est là. Toute présente à la caresse du soleil à laquelle elle se donne comme la plante, toute présente à sa cigarette qu'elle tient dans sa main droite et qui se consume doucement, il suffira d'inspirer pour qu’elle rougisse comme un point de braise.

La lumière sur son corps, sur tout ce qui vit,  sur le dos de la colline derrière la fenêtre.

Elle a attendu, nuit mouvementée, lit défait, paire de chaussures trace de son désir inquiet, seins dressés, chair à vif.

Elle a attendu, elle n’attend plus. L’attente a ouvert un grand trou en elle, l’a rongée de l’intérieur, un grand trou dans lequel elle accueille maintenant la lumière et s’en nourrit.

Un grand trou qui l’a grandie et l’a creusée tout à la fois.

La brise soulève le rideau et frémit sur sa peau.

 

 

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Intérieur confortable et rassurant, tapis moelleux  protégeant des angles agressifs des marches de l’escalier, une rampe bien large pour se tenir si le pied dérape.

Et puis de l’autre côté du seuil…


Publié dans #Texte libre

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