Généalogie de la morale

Publié le 11 Janvier 2013

 

Une note de lecture sur la première dissertation de la Généalogie de la morale proposée par Romain, élève de terminale L.

Lecteur de passage arrête-toi un instant, réflechis et n'hésite pas à laisser un commentaire!

 

 

 

• L'auteur, le philosophe.

 

Friedrich Nietzsche naît, en 1844, au presbytère de Röcken, dans le royaume de Saxe, près de Leipzig. Fils de pasteur, il fait de brillantes études de philologies (étude de l'histoire des langues) et il est nommé, à 24 ans, en 1869, professeur de philologie classique à l'université de Bâle.

 

Mais sa véritable vocation est la philosophie, ses principaux ouvrages étant Aurore (1881), Le gai-savoir (1881-82), Ainsi parlait Zarathoustra (1883-85), Par-delà le bien et le mal (1886), et enfin La généalogie de la morale (1887) dont il est question dans cette fiche de lecture.

 

En 1889 il sombre dans la folie et meurt en 1900. Il finit sa vie entre les mains de sa mère et de sa sœur, sa sœur qui le trahit lorsqu'une fois mort, elle mit les écrit de son frère au profit de l’extrême droite et du National-socialisme en Allemagne.

 

 

 

• L’œuvre.

 

Dans son œuvre La généalogie de la morale (1887) structurée en trois dissertations (« Bons et Mauvais », « Bons et Méchants » ; La « Faute », la « Mauvaise Conscience » et ce qui leur ressemble. ; Que signifient les idéaux ascétiques? chacune divisée en plusieurs parties), Friedrich Nietzsche aborde les thèmes de la conscience, d'autrui, du temps, de la culture, du langage, de l'histoire, de la religion, de la société, et enfin, évidemment, de la morale. Notions présentes au programme de philosophie de terminale.

 

 

 

• Le contenu philosophique.

 

En tant que philosophe, Nietzsche se considère comme un « chercheur de la nietzshce.jpgconnaissance ». En effet il est de son rôle, et du rôle des philosophes en général, de statuer sur la nature des choses, de décrypter ce monde qui nous entoure. Mais Nietzsche à son époque, se demande si lui, ses contemporains et ses ancêtres, ne se seraient pas laissés endormir par le temps, s'ils n'en auraient pas oublié une étude fondamentale, celle de l'origine de la moralité.

Dès lors, le philosophe se réveillant, il demande devant toutes ces choses célébrées en vertu de la morale :

 

 

Quand l'homme a-t-il inventé le concept de bon et de mauvais ? Que cela signifie-t-il au juste ? Quelle est la valeur même de ces valeurs ?

 

 

Nietzsche nous apprend tout d'abord qu'avant lui, des psychologues anglais ont tenté de mettre au jour cette généalogie de la morale, mais que cette étude manquait cruellement d'objectivité, étant eux-mêmes incapable de prendre du recul sur leur moralité. Après avoir également mentionné le fait que les philosophes avant lui n'avaient jamais eu de pensées sur l'histoire de leur propre domaine, il expose leur argument, celui selon lequel un homme, un jour, avait qualifié de bon un service qu'on lui avait rendu, et qu'avec le temps on avait affilié l'idée de bon à tout acte non égoïste. Il s'agirait donc d'une notion d'utilité à laquelle on se serait habitué, faisant de son contraire une erreur.

Nietzsche rejette ensuite cet argument en disant que non, ce sont les bons eux-mêmes, c'est à dire les nobles, les aristocrates, et tous les groupes d'individus de rang élevé qui, avec leurs mépris de tout ce qui est bas, mesquins, autrement dit tout ce qu'ils ne sont pas, se sont autoproclamés bons. Là serait la véritable origine du bon et du mauvais.

Nietzsche poursuit en précisant l'étymologie des mots bon et mauvais (il est important de préciser ici qu'en tant que philologue ou historien des langues, son premier métier, Nietzsche attache beaucoup d'importance à l'étymologie, puisque les mots suivent l'histoire et la commentent, Nietzsche a conscience que ce sont les mots qui sont les plus aptes à parler de l'histoire et qui révèlent nos façons de penser et de nous représenter le monde) : Dans toutes les langues, bon vient de noble, d'âme distinguée, alors que mauvais viendrait de simple, anodin. Mais avant cela, on découvre que les grecs assimilaient le bon à l'homme vrai, celui qui détient la vérité, en opposition avec le mauvais qui pour eux désignait le menteur, le perfide. Pour en finir avec l'aspect étymologique, le philosophe comprend le bon comme étant l'homme au cheveux blond, la race supérieure, qu'il oppose à l'homme foncé au cheveux bruns. On voit ici à présent un lien avec le fascisme, étant donné que sa sœur, une fois Nietzsche mort, mit ses écrits au profit du Parti National-Socialiste Allemand.

 

 

C'est là que vient la question de la religion. Nietzsche conjecture que l'origine de la distinction de nos deux concepts se trouve dans la notion de pur et d'impur que la caste sacerdotale désigna comme tel. Nous glissons donc dans l'intériorité des valeurs de bon et de mauvais. Il dénigre totalement cette caste en exposant que les valeurs intérieures qu'ils défendaient à cause de leur hostilité à l'action est en fait bien plus maladif que la maladie dont elles devaient les délivrer, qu'elle est à l'origine de tous nos maux actuels, et qu'enfin, de leur faute, nous sommes supérieurs aux animaux uniquement en méchanceté.

Nietzsche sépare ainsi les fondements religieux des fondements de la noblesse dite guerrière. La plus grande force des peuples sacerdotaux est l'impuissance. De cette impuissance jaillit une haine féroce, qui elle-même vit naître une vengeance des plus intelligentes, résidant en le renversement des valeurs jusqu'alors établies (le bas-peuple devenant bons, et les nobles, méchants). En écrivant cette phrase : « On sait qui a hérité du renversement juif des valeurs... » ? Nietzsche place le peuple juif à la souche de la vengeance, et sous le signe du triomphe de l'homme commun.

 

Ensuite, le philosophe attribue la morale des esclaves à l'apparition de ressentiments, d'une vengeance imaginaire contrairement à la morale aristocratique qui naît d'un « oui! » triomphant à soi-même. La morale des esclaves provient donc d'un ressentiment contre quelque chose d'extérieur alors que celle des aristocrates n'a nullement besoin de voir ailleurs pour s'affirmer et mépriser ses ennemis, un mépris qui s'exerce d'ailleurs négligemment avec « désinvolture, indifférence et impatience » et qui n'a rien à voir avec la haine rentrée et bien plus attentive de l'esclave ou homme du ressentiment. Il est donc clair que le bon chez l'un (l'aristocrate) est le méchant chez l'autre (l'esclave).

 

Pour résumer, Nietzsche voit dans l'histoire deux moralités différentes :

La morale des aristocrates, où l'on parle de bon et de mauvais, le bon venant en premier et le mauvais étant celui qui n'est pas bon. Cette moralité provient de l'affirmation de soi que les aristocrates, les nobles, ressentaient. Et l'évaluation d'un individu se fait sur sa personne, et sur la noblesse de son caractère.

Et la morale des esclaves, où l'on parle de bon et de méchant, le méchant venant en premier et le bon étant celui qui n'est pas méchant. Cette moralité provient des ressentiments que les « esclaves » éprouvaient. Et l'évaluation d'un individu se fait sur ses actions, toutes les actions faites en faveur de ceux qui souffrent étant bonnes.

 

 Nietzsche déplore à son époque que la moralité du ressentiment l'ait emporté, cela n'a pas changé au XXI ième siècle sous les oripeaux du « politiquement correct », du « cool », « sympa » refusant tout ce qui agresse, s'impose, domine.

 

 

 

• En tant qu'adolescent du XXI ième siècle.

 

Non seulement Nietzsche arbore un style époustouflant tout au long de son œuvre, mais de surcroît, il soulève des problèmes si intéressants ! Je ne peux être que conquis. Malgré, il faut l'avouer, quelques passages nécessitant plusieurs relectures tant ce texte est difficile, le philosophe nous apprend un peu plus de page en page sur ce monde que nous croyons connaître et remet en question toute notre manière de concevoir la société et les liens entre différentes « classes » sociales.

Il est également très intéressant de se reconnaître dans ses écrits, de prendre une minute pour se demander : « Et moi ? De quelle manière est-ce que je différencie ce qui est bon de ce qui est méchant ou mauvais ? A quelle moralité appartiens-je ? » Sans doute un peu des deux, car d'une part, il y des choses que je trouve bonnes chez moi et que lorsque quelqu'un de mon entourage ne fait pas de même, je trouve cela au fond de moi mauvais. Cette pensée peut paraître un brin arrogante, mais je pense qu'il en est ainsi pour tout homme, faisons-nous l'avocat du diable ! Et d'une autre part, je considère comme méchant un individu qui fait souffrir un autre. Mais en écrivant ceci, je me rends compte que dans chacune de ces morales, quelque chose me gène. La morale des aristocrates me paraît très arrogante et égocentrique et celle des esclaves me gêne en cela qu'un jugement également s'opère, et je pense qu'il n'est pas légitime, voire moral, de juger autrui. Qui sommes-nous pour qualifier quelqu'un de bon ou de mauvais, de méchant ?

Rédigé par Laulevant

Publié dans #Notes de lecture

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jean-louis 22/07/2015 20:07

Si Nietzsche avait pu lire Girard, il aurait peut-être remplacé pur et impur par conformiste ou pas. Cela aurait donné un autre sens à ses aristocrates. Car ce qui guette tous les penseurs de la morale, c'est de vouloir établir ou dégager une autre morale, plus haute, plus véridique.
Mais il se trouve que si on a comme arrière-pensée l'idée du bien, on retombe sous la coupe de son conditionnement. Le bien est l'alibi, l'idée fixe de la civilisation. Le simple fait de vouloir inventer le mal suffit à nous rendre perplexes et à commencer à nous affranchir d'habitudes de pensée séculaires. Une façon de faire un pas à l'extérieur.