Fragilité

Publié le 30 Mars 2010

Malheureusement Michel Terestchenko ne pourra pas tenir sa conférence prévue à Pontarlier ce jeudi 1 avril, en raison du décès d’une personne proche. Dans ce moment très douloureux nous pensons à lui avec beaucoup de compassion et d’amitié.

Même si nous regrettons de ne pas pouvoir le rencontrer et de lui poser les nombreuses questions que nous avons préparées, nous le remercions de toutes les réflexions que la lecture de ses écrits a suscité dans les classes de philosophie du lycée.

Nous poursuivrons bien entendu nos analyses autour de ces questions morales sur le mal et le bien, sur les situations de soumission à l’autorité qui peuvent pousser une majorité d’entre nous à se comporter en bourreaux mais aussi sur les personnalités capables de désobéir à des ordres inhumains.

En attendant une autre occasion, espérons-le,  de rencontrer Michel Terestchenko, il est possible de consulter son blog et aussi de regarder cette vidéo d’une conférence qu’il a donné en juillet 2007 à Saint-Antoine-l’Abbaye, (Rhône Alpes). On touve d'autres extraits de cette conférence sur Dailymotion.

Dans l’extrait qui suit, Terestchenko relate l’expérience de psychologie sociale menée par Philip Zimbardo à l’université de Stanford en 1971. Il montre combien nos personnalités sont fragiles et se délitent dans certaines situations d’exercice de l’autorité.

Il interroge ensuite les enjeux politiques et individuels de cette expérience.

 Quels sont les rôles respectifs de la situation et de l'individu dans ces comportements inhumains?

Si l’on répond que c’est la situation alors, il faut à tout prix éviter de tels abus d’autorité grâce à un pouvoir politique responsable. Les individus ne sont pas capables dans une immense majorité des cas de se rebeller face à une autorité exigeant des ordres absurdes. L’émission « le jeu de la mort » (répétition de l'expérience de Milgram dans le contexte de la télévision) diffusée le 17mars dernier sur France 2  le confirme amplement : 80% des personnes ont obéi jusqu’à infliger 450 volt à une personne qui ne leur a rien fait. Il faut donc compter sur l’organisation politique pour éviter ce genre de dérive.

  Mais l'on ne peut tout mettre sur le compte de la situation car cela reviendrait à déresponsabiliser l'individu et à excuser le mal. Ce comportement de soumission « normal » car très majoritaire n'est pas pour autant acceptable. Hannah Arendt a forgé le concept de « banalité du mal » pour expliquer cette attitude commune de déresponsabilisation. Il ne faudrait cependant pas confondre ce concept avec une banalisation du mal. Si le mal est « banal » il n’en est pas moins injustifiable. Il est terrifiant de réaliser que le mal ne provient pas d’un désir exceptionnel et sadique de nuire à autrui mais bien plutôt d’un manque : manque de rébellion, manque de  présence à soi, manque de réaction.

Entre aujourd’hui et l’expérience de Milgram en 1960, le taux de soumission des individus a augmenté de 20%. Ce taux est donc variable en fonction du contexte social. On peut penser aussi que la télévision exerce une influence considérable sur nos consciences. N’est-il pas temps de se réveiller ? De tenter par tous les moyens qui nous sont donnés d’œuvrer pour favoriser la formation de personnalités confiantes en elles-mêmes et en leurs valeurs, présentes à elles-mêmes et non soumises au désir de plaire et à la crainte de déplaire? N’est-ce pas le rôle primordial de l’éducation, familiale et scolaire ?

Des personnalités confiantes, cela ne signifie pas cependant des personnalités persuadées d'être fortes, nécessairement bonnes et capables de faire face dans toutes les situations. Michel Terestchenko montre au contraire que c'est la conscience de notre faiblesse qui nous rend susceptibles de faire le bien. C'est la conscience de notre fragilité qui nous rend moins fragiles.


 

Publié dans #Evènement au lycée

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Mathieu 02/04/2010 19:48


Ne pourrait-il pas venir un autre jour ? parce qu'il n'est jamais trop tard ...