Choisit-on d'aimer?

Publié le 27 Janvier 2013

 

Une réflexion proposée par Michel, élève de terminale L.


L'amour est un sentiment universel qui suscite bien des interrogations pour ceux qui y sont assujettis comme pour ceux qui y aspirent. Mais personne ne semble pouvoir y échapper et rares sont ceux qui pourraient affirmer sincèrement qu'ils n'ont jamais ressenti quelque sentiment amoureux. Néanmoins, les opinions quant à lui divergent, et si certains croient au coup de foudre, d'autres suspectent notre implication dans sa formation.

Alors, choisissons-nous d'aimer ?

Dans un premier temps, nous verrons que la réponse spontanée qui pourrait nous être donnée à cette question serait « non», nous ne choisissons pas d'aimer. Néanmoins, nous analyserons dans une seconde partie ce qui fait qu'aimer peut relever d'un choix presque intentionnel. Enfin, nous verrons que, si l'amour n'est ni un coup de foudre, ni un choix, il peut être vu comme le combiné de ces deux idées, comme un enchaînement bienfaiteur provoquant, ou non, l'union de deux êtres.

visu_02_MORNING_SUN.jpgHopper, Morning sun

 

Aimer est-il un choix ? Nombreux sont ceux qui répondront, au premier abord, que cette affirmation est absurde et que non, l'on ne choisit pas d'aimer. En effet, il est certain que la plupart d'entre-nous dirait spontanément que si l'on ne choisit pas l'amour, il est bien évident que l'amour nous choisit. Certes, peu importe le nombre de fois où vous visionnerez Blanche-Neige, le prince retrouvera toujours sa promise, dont il n'a entendu, il semblerait, que le nom, et tous deux tomberont indubitablement dans une passion sans égal dès le premier regard. C'est ce que l'on appelle plus communément le concept du « coup de foudre ». Mais qu'en est-il dans la réalité ? Est-ce que deux âmes peuvent réellement tomber amoureuse l'une de l'autre en un regard ? Deux personnes peuvent-elle réellement être considérées comme amoureuses à la seule vision de l'autre ?

Cet étrange concept semble pourtant exister, comme pouvait nous le montrer Madame de Lafayette dans la Princesse de Clèves. Il est bien évident que la passion de Nemour, ainsi que celle de Monsieur de Clèves, s'est éveillée dès qu'ils ont aperçu Mademoiselle de Chartres et ce même schéma se reproduit dans bien d'autres livres.

Un proverbe Danois dit « Deux êtres qui s'aiment se rencontrent toujours », idée qui signifierait que l'on est destiné à l'amour, ce qui se rapprocherait du mythe des âmes soeurs raconté par Aristophane dans le Banquet de Platon.

 

Si l'amour n'est pas un choix, qu'est-il ? Pierre Doris disait que « L’avantage du coup de foudre, c’est qu’il fait gagner du temps. » Derrière ce coup de foudre n'y a-t-il pas un choix que nous cachons plus ou moins et dont nous avons plus ou moins conscience?

 

Si nous réfléchissons plus profondément à la question, le concept de « rendez-vous » pourrait éclaircir cette seconde idée. Comment l'amour pourrait-il naître sans quelques courtisaneries ? Comment l'amour est-il possible sans une certaine séduction au préalable ? Si quelqu'un ne s'aventure pas dans un jeu amoureux, il ne pourra pas trouver l'amour. Par exemple, une personne qui se braque dans ses pensées, se disant qu'elle n'a aucune chance en amour, n'arrivera pas à trouver sa moitié. Nous pouvons donc forcer la chance.

Le coup de foudre peut donc être considéré comme leurre, comme le dit Milan Kundera dans « La plaisanterie », « On parle volontiers de coups de foudre ; je ne suis que trop conscient de ce que l'amour tend à créer une légende de soi-même, à mythifier après coup ses commencements. » L'amour ne tombe par conséquent pas sur nous lorsque nous ne nous y attendons le moins : pour le trouver, il faut s'y risquer et s'exposer à lui.

Néanmoins, un troisième aspect de ce sentiment peut apparaître. S'il n'est ni un coup de foudre, ni un choix, il peut par conséquent être une combinaison des deux.

 

Comme le dit Alexandre Million dans  Mer calme à peu agitée, « Au fond, ce fameux coup de foudre dont on fait si grand cas n'est sans doute qu'un choc de cymbales. La simple percussion de deux disponibilités urgentes. ». Nous pouvons en déduire que, si nous avons réellement besoin d'amour, nous provoquerons forcément la chance. Et Ninon de Lenclos dit que « Le désir de plaire naît chez les femmes avant le besoin d'aimer.  ». Ce qui justifie le fait que l'amour n'est pas forcément un choix, mais qu'il relève forcément de la volonté d'une personne à vouloir aimer, et des moyens qu'elle mettra en pratique pour rendre ce souhait réel.

Et si l'amour ne se créé pas tout de suite, il peut encore se développer lentement et avec le temps, sans que nous ne nous en apercevions.

 

En conclusion, il est difficile de savoir si oui ou non, aimer est un choix. Si certains pensent que ce sentiment résulte d'une sensation inexplicable à la seule vue de l'individu, d'autres diront que l'amour se créé à force de rendez-vous ainsi que de séduction. Il est néanmoins possible que l'amour soit en vérité la succession d’éléments dont nous ne nous rendons pas forcément compte. Si besoin d'amour il y a, une personne saura se mettre à son avantage pour faire en sorte de le trouver, car bien souvent, et comme le dit Tahar Ben Jelloun, « Le désir de l'amour engendre l'amour. »

Rédigé par Laulevant

Publié dans #Texte libre

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Mademoiselle L 10/06/2013 23:50


Quelle lucidité chez un élève de terminale !

J'ai pris 10 années de plus, pour me poser ces même questions !