Ainsi parlait Zarathoustra

Publié le 15 Février 2011

  Fiche de lecture réalisée par Emilie Jan, terminale S1

 

Friedrich Nietzsche naît en 1844 en Allemagne. Il s’intéresse à la philosophie et à la philologie et enseigne à l’université de Bâle. Il est marqué par la lecture de Schopenhauer dont il repousse le pessimisme. À partir de 1879, il décide de voyager, commence une vie d’errance et le plus souvent, de solitude. Il faut savoir qu’il était atteint de syphilis, ce qui lui causait des crises de violence, des dépressions et des crises délirantes, atteint de folie en 1888, il finit par succomber à la maladie en 1900.

Les œuvres de Nietzsche ont donné lieu à un grand nombre d’interprétations très éloignées les unes des autres, car l’auteur utilisait des métaphores et n’expliquait pas forcément tout ce qu’il entendait par les notions qu’il employait. La philosophie nietzschéenne, totalement novatrice, a beaucoup influencé le XXème siècle, en renversant un grand nombre des idées occidentales. Pour Michel Onfray, Nietzsche use « de la philosophie comme de la dynamite ». Les idées qui le caractérisent sont celles du surhumain, le fait que l’homme doit se surpasser lui-même, du dépassement de la morale - et plus particulièrement du bien et du mal - , de la critique de la métaphysique - affirmation de la mort de Dieu - , de la volonté de puissance et de l’éternel retour. Ses œuvres principales sont : Humain trop humain (1878), Le Gai Savoir (1882), Ainsi parlait Zarathoustra (1884) et Par-delà le bien et le mal (1884)

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Ainsi parlait Zarathoustra est divisé en quatre parties.

Dans la première, Zarathoustra descend de ses montagnes et vient parler aux hommes. Cette partie est donc consacrée aux discours qu’il leur tient.

Dans la deuxième, il retourne dans ses montagnes, puis redescend mais change un peu son enseignement : au lieu de faire ses discours sur les marchés, il parle à un plus petit nombre de personnes, il se fait des amis, ou plutôt des disciples.

La troisième partie marque un nouveau départ. Zarathoustra quitte ses amis et voyage jusqu'à revenir dans ses montagnes - dans sa caverne - .

Dans la quatrième partie, ce sont les hommes qui vont monter vers Zarathoustra, qui vit dans la solitude.

 

 

Notions abordées et problèmes posés par l’auteur :

 

Dans son œuvre, Nietzsche aborde un grand nombre de sujets différents, puisqu’il y a une vingtaine de chapitres différents par partie.

Parmi les notions au programme de terminale, il parle bien sûr du sujet de l’inconscient – Zarathoustra accorde une grande importance aux rêves qu’il fait - , de la volonté. Il aborde aussi la religion, la vérité, la matière et l’esprit, la politique, la morale... On ne peut pas réduire ce livre à un seul thème, ni à une seule notion.

De même, Nietzsche pose plusieurs problèmes dans son ouvrage.

 

  • Qu’est ce que le surhumain et comment l’atteindre ?

Pour répondre à ce problème, il utilisera également les notions de volonté et de puissance, de vraie grandeur et de surpassement de soi. Selon Nietzsche, les valeurs morales qui ont été appliquées jusqu'à aujourd’hui mentent et masquent la vérité de l’homme. Pour lui :  « les hommes ne sont pas égaux » Et il ne faut pas non plus qu’ils le deviennent » En accentuant les différences, Nietzsche espère substituer à la morale que nous avons hérité du christianisme, une nouvelle morale, celle du surhumain. Afin d’atteindre le surhumain il faut, selon lui, surpasser l’humain, de même que l’humain avait surpassé le singe au cours de son évolution. L’homme doit donc se surpasser lui-même, c'est-à-dire faire toujours mieux, viser toujours plus haut. Pour Nietzsche, l’homme « est un pont et non un but », il permet de passer de l’animal au surhumain. L’homme doit donc avoir la volonté de puissance et la volonté de se créer lui-même, sans se fier aux lois, aux valeurs ni aux devoirs qui lui ont été imposés tout au long de son existence, car les valeurs humaines sont à réinventer. Zarathoustra se déclare « ennemi de l’esprit de pesanteur ». Pour y échapper, il préconise l’amour de soi-même et de la terre, car c’est l’esprit de pesanteur qui nous rend « Lourdes […] la terre et la vie ». Selon Zarathoustra, il est essentiel pour accéder au surhumain de s’aimer et d’être joyeux, afin de retrouver la vie et la puissance - dans le sens d’une force, mais pas d’une domination -.

La principale leçon de Zarathoustra est « Vouloir libère », et il critique tout ce qui est subi. Pour lui, rien n’est pire que la passivité, car l’homme doit devenir celui qu’il est, et Zarathoustra ajoute : « en tout avenir je veux réparer ce présent. », ce qui indique qu’il espère une évolution positive avec le temps. Il déclare également : « Voulez-vous vous élever très haut, servez vous alors de vos propres jambes ! », car pour lui la volonté doit venir de chacun de nous, nous devons être autonomes, indépendants. Les allusions au surhumain et au surpassement de soi sont trop nombreuses dans ce livre pour que je les aborde toutes ici…

 

 

  La deuxième grande idée directrice de cet ouvrage est celle de l’éternel retour. Selon Nietzsche, nous revivons éternellement notre existence. Zarathoustra, dans le livre, finit toujours par revenir à sa caverne, puis par redescendre auprès des hommes, et ainsi de suite. Selon lui, « toutes les choses reviennent éternellement et nous-mêmes avec elles. » et « la joie veut l’éternité ». Si cette idée paraît opposable à celle de la volonté de puissance, elle est en fait proche, puisque l’éternel retour ne sous-entend pas chez Nietzsche une fatalité, mais plutôt un éternel recommencement, une pensée qui doit chaque fois se recréer et trouver de nouvelles voies.

 

Dans ce livre, Zarathoustra s’interroge sur la manière de faire passer un enseignement aux Hommes. Il est déçu de ne pas être compris et va changer plusieurs fois de manière de faire, mais jamais il ne trouve quelqu’un qui ne le comprenne parfaitement - mis à part son aigle et son serpent -…

 

Des passages qui m’ont plu

Je n’ai pas forcément su bien comprendre les idées directrices de l’ouvrage - le surhumain, la volonté de puissance, l’éternel retour…-, mais certaines idées abordées plus ponctuellement m’ont intéressée.

  • Du surpassement de soi : « on commande à celui qui ne peut s’obéir lui-même ». On retrouve ici les idées de Kant au sujet des minorités intellectuelles, et celles de Terestchenko qui dit qu’une personne altruiste obéit à ses propres convictions. Nietzsche aussi veut nous « réveiller » et faire de nous des acteurs de notre vie.

  • De la rédemption : « des êtres humains qui ne sont rien d’autre qu’un grand œil ou une grande gueule ou un gros ventre et quelque chose d’autre de grand – je les appelle des estropiés à l’envers » « je gardais la conviction que c’était un infirme à l’envers, qui avait trop peu de tout et trop d’une chose. »

J’ai bien aimé cette façon de voir les choses. D’habitude, on reproche aux gens de n’avoir pas assez de ceci, pas assez de cela… Ici Nietzsche blâme ceux qui ont trop de quelque chose, et le concept d’«estropié à l’envers » me plaît bien ! A ce niveau là, je partage son avis, car j’ai souvent mieux apprécié des personnes n’ayant pas assez de… que des personnes ayant trop de … Je suis d’accord pour dire qu’il ne faut pas trop d’une chose, et qu’il vaut mieux un peu de tout, car plus on est ouverts à différentes choses, plus on progresse – à mon avis -.

  • De la vertu qui rend petit : « Au fond, il n’y a qu’une seule chose qu’ils souhaitent vraiment : que personne ne leur fasse du mal. Aussi vont-ils au-devant des désirs de chacun et lui font-ils du bien. Mais ceci est lâcheté : bien que cela s’appelle « vertu ». »

Nietzsche critique ici l’acte généreux commis afin d’obtenir la tranquillité, la sécurité, c’est à dire de manière intéressée, et il critique surtout ceux qui se déclarent « bons », « vertueux », et qui ne comprennent parfois même pas eux-mêmes la fausseté de leur vertu. Ce chapitre m’a poussée à me questionner, comme d’autres, car Nietzsche critique un grand nombre de valeurs morales, et montre qu’elles ne sont en fait pas morales. On est donc un peu désemparé en le lisant ! Mais cela fait réfléchir… Pour l’idée que j’ai citée, en tout cas, je suis d’accord avec Nietzsche, car faire du bien aux gens pour qu’ils ne nous fassent pas de mal relève plutôt de la lâcheté, comme il dit, et même de l’hypocrisie, plutôt que de la bonté.

Dans le même thème, Nietzsche écrit « Je te sais capable de tout le mal possible, c’est pourquoi j’exige de toi le bien » et « souvent j’ai ri des faiblards qui se croient bons parce qu’ils ont la patte paralysée. » Cette idée ne m’était encore jamais venue à l’esprit, mais il est vrai qu’on ne peut pas louer quelqu’un pour ses bonnes actions si on sait qu’il n’était pas capable d’agir autrement… Cette idée ne m’a tout d’abord pas plu car je me suis sentie un peu concernée, mais il faut admettre qu’elle est logique… Si l’on commet une bonne action parce qu’on n’était pas capable d’en commettre une mauvaise, on n’a aucun mérite… Mais je pense que l’incapacité à faire le mal n’est pas due aux mêmes causes pour tout le monde, et peut-être que certaines sont plus honorables que d’autres. Lorsque je pense à des personnes comme Gandhi, par exemple, qui était très certainement incapable de faire du mal à qui que ce soit, je ne peux me résoudre à dire qu’il se croyait bon et qu’il ne l’était pas !!

Mais de toute façon, chez Nietzsche, le fait de ne pas être « bon » n’est pas forcément une critique, puisque pour lui « il est un vieux délire, qui a nom bien et mal ». Selon lui, l’homme doit apprendre à penser  « par delà bien et mal », « car il existe un sel qui lie le bien et le mal » En cela je suis d’accord avec lui, car on ne peut pas parler des hommes en termes uniquement positifs ou uniquement négatifs, étant donné que personne n’est ni entièrement bon, ni entièrement mauvais. Il y a dans une situation bien trop de nuances subtiles inqualifiables par les termes de bien ou de mal.

 

Ce qui ne m’a pas plu

Je ne peux pas dire que je m’oppose radicalement à Nietzsche sur un sujet, car je ne prétends pas comprendre tout ce qu’il dit… Parfois j’ai l’impression qu’il se contredit, et je sais qu’il a été interprété de diverses manières très différentes les unes des autres, donc je ne pourrais bien sûr pas affirmer, moi, le comprendre parfaitement et le critiquer. Il le dit lui même en parlant De l’homme supérieur :  « tout mot ne va pas dans toute gueule. Ce sont là des choses fines et lointaines : il ne sied pas aux pattes de mouton de tenter de les attraper ! ». Les idées qui me semblent désagréables ne sont donc peut être tout simplement que des choses que j’aurais mal comprises…

  • Premièrement, Nietzsche base un grand nombre d’idées sur le fait que Dieu soit mort. Mais à aucun moment il ne le prouve. On voit bien que ses affirmations sont logiques et démontrables, si on part du principe que Dieu est mort. Mais il n’explique pas précisément ce qui lui permet d’affirmer une telle chose !

  • Ensuite, lorsqu’il dit que « le mal est nécessaire pour le meilleur de l’homme », j’ai du mal à le croire, d’autant plus qu’il n’est pas très explicite… C’est à ce moment là qu’il dit que « tout mot ne va pas dans toute gueule ». Peut-être que je ne peux pas comprendre de telles choses…

  • Dans le livre en général, j’ai trouvé que Zarathoustra critique beaucoup – tout le monde reçoit sa part, des scientifiques aux religieux, de la « canaille » aux « vertueux »…- et qu’il se présente comme le seul être irréprochable… j’ai bien aimé le fait de me poser des questions et de voir le mauvais coté de tout le monde, mais je ne vois pas trop pourquoi Zarathoustra détiendrait la vérité générale…

 

Globalement, j’ai tout de même apprécié ce livre, bien que je n’ai pas tout compris, et le style de l’auteur lyrique et poétique n’est pas déplaisant à lire.

Rédigé par Emilie Jan

Publié dans #Notes de lecture

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Donatien 31/12/2013 19:45


Vos commentaires sur Zarathoustra sont excellents. Cependant ils appellent plusieurs remarques de ma part.


- Si l'on prend l'oeuvre de Nietzche dans son ensemble, je serais - relativement - tenté de la rapprocher de celle de DAF de Sade (même solitude, même envie d'aller vers l'übermensch, le
surhumain). Pour tout dire: passer les bornes il n'y a plus de limites...


- Pour ce qui concerne dieu, je pense qu'il faut y voir une réaction face à la religion judéo-chrétienne, laquelle, comme toute chose imposée (à l'époque comme aujourd'hui) devait le révolter.
Plus soft que Sade, il prétend que dieu est mort alors que Sade le nie farouchement.


- Pour moi, Zarathoustra est un ouvrage libertaire qui prône plutôt l'écoute et le respect de soi et d'autrui avec une volonté évidente (comme dans l'oeuvre de Sade) d'en finir avec de prétendus
enseignements, lesquels nous ont imposés, d'une religion à l'autre, le sens de notre vie.


Difficile d'exprimer en quelques lignes ce que je pense. De plus, je ne suis pas philososophe!...

Emilie 10/05/2011 17:22



Bonjour,


Tant mieux si ma fiche a pu t'aider, mais je pense que, même si ce livre est déboussolant, il vaut mieux le lire en entier pour se rendre compte des idées de Nietzsche, car si c'est dur à lire,
je trouve que c'est encore plus dur à expliquer, et ma fiche est loin d'être compléte pour comprendre le livre !!


Mais c'est vrai que c'est un livre vraiment étrange, je trouve qu'on ne sait jamais ce qui est important ou pas, ce qui a une signification cachée ou pas... parmi les rencontres, les
anecdotes de Zarathoustra.


Si tu veux, j'ai fait un commentaire d'un texte de Nietzsche (publié sur ce blog), et le texte est très compréhensible (beaucoup plus que Zarathoustra en tout cas), on comprend bien certaines
idées de Nietzsche.


Bonne continuation à toi aussi.



Clepsydre 18/04/2011 00:55



Bonjour,


Pareillement élève en Terminale S, ta fiche de lecture m'a été assez salvatrice. J'étais à la recherche d'une explication simple de la trame du bouquin et des grandes idées, et c'est exactement
ce que j'ai trouvé ici, même si tu sembles être passée à côté de certaines idées. Quelle bonne idée de publier vos travaux sur Internet ! En l'occurrence, j'ai eu ta fiche de lecture en tapant «
Ainsi parlait Zarathoustra lycée ».


La lecture de ce livre ne m'a été imposée par personne, c'était un conseil d'ami, mais j'ai été assez vite déboussolé, je m'attendais à un essai argumentatif et intelligible, non à un style plus
ou moins poétique parfois un peu hermétique...


Si d'aventure tu découvrais davantage de choses sur les idées de Nietzsche (qui sait, les scientifiques sont parfois de littéraires qui s'ignorent !), ce serait appréciable que tu les indiques en
complément de ta fiche.


Bonne continuation.