La peau

Publié le 31 Mars 2009

Ce texte est extrait d'un TPE d'Apolline et Justine première S4

La peau : délimitation entre le moi et les autres. Il est indéniable que la peau a un statut paradoxal : elle est à la fois un lieu d’échange et une frontière avec l’extérieur. Mais pourquoi être protégé de l’extérieur ? Est-il agressif, susceptible de nuire à mon bien-être ? Est-ce qu’il me dérange ? Que peuvent m’apporter des échanges avec lui ? Tout d’abord, on considère notre peau comme un abri, comme une carapace, on la vit psychologiquement comme une protection. Quand la sensation de peur survient on se recroqueville sur soi-même, on referme les portes. Notre peau est alors inaccessible à l’autre. On se protège des éventuelles attaques de l’extérieur. On se rassure en s’efforçant de se convaincre que notre peau est là, et donc que l’on ne risque rien, que l’on est caché, presque invisible. Le monde tourne autour de nous, mais ne nous perçoit pas. On est à l’abri, les autres ne peuvent pas nous atteindre, nous toucher. On est alors plus fort qu’avant. De plus, tous les gestes venus de l’extérieur non désirés sont immédiatement repoussés. Effectivement, lorsque des personnes inconnues nous frôlent dans la rue, nous bousculent dans un couloir, ou nous collent dans le métro, un sentiment de répulsion naît. Nous sommes très hostiles à tout contact avec des individus inconnus.. Notre peau permet de créer une distance avec l’autre. Elle fait office de barrière. C’est un rituel dans notre pays d’être plus ou moins distant avec l’autre. Dans d’autres pays on se touche plus facilement, la distance maintenue avec le corps de l’autre est culturelle, Nous sommes un des rares pays européens qui se dit bonjour en se faisant la bise. Nombreux sont les pays qui où l’on se sert seulement la main, à l’exemple de l’Allemagne. Ce tissu qu’est la peau est donc un moyen de défense. Il nous garantit une sécurité : on est enfermé, cloîtré à double tour dans cette chair chaude que l’on apprivoise et découvre à chaque instant. La peau est un organe troué, c’est-à-dire qu’il y a bon nombre d’endroits sur notre corps où les échanges avec l’extérieur sont facilités, à l’exemple des yeux, de la bouche, de nez, du sexe, de l’anus. Nous sommes fascinés ou hostiles à l’égard de ce qui « sort » de notre peau. On constate que la transpiration nous dégoûte, les écoulements de nos narines nous répugnent, dissimulés dans des kleenex ils sont rapidement évacués dans la poubelle, quand nous nous coupons, et que le sang coule de notre peau nous sommes terrifiés, la bave nous horrifie, nos déchets organiques nous révulsent. Cependant ces mouvements de répulsion ne sont pas sans ambiguïté car nous éprouvons aussi à l’égard de ce qui sort du corps une certaine fascination à laquelle les enfants se livrent sans vergogne. Ils sont attirés par les excréments, le mot « caca » les amuse grandement, on les voit prendre plaisir à cracher avec leurs camarades, Les mères pour leur part ont un bonheur extrême de mettre au monde leur enfant comme de les allaiter par leur propre lait. C’est le même cas pour ce qui « rentre » dans notre peau. Nous ressentons aussi bien des sentiments de bien être tout comme de dérangement. Effectivement, la plupart des gens déteste se faire injecter un produit dans les veines, se faire mordre par un animal. Néanmoins, on aime en particulier se badigeonner de crème, s’imprégner de parfum, se nourrir. Ce qui « sort » ou qui « rentre » dans notre corps est donc à la fois un objet de fascination et de répulsion. Mais jusqu’où cette peau me protège-t-elle ? Est-ce que la peau est une bulle suffisante qui me défend des autres ? De l’environnement ? A quel point son efficacité me permet-elle de ressentir le sentiment de sécurité ? Cette sécurité digne d’être celle d’une mère. A l’exemple de l’enfant qui ressent le besoin de calme, de confiance, de sérénité; sentiments éprouvés dans l’utérus de sa mère voire lorsqu’il se trouve dans son bain. Un sentiment de plaisir, bien être, tranquillité l’envahit car il a l’impression d’être à l’abri dans une bulle sans que personne ne puisse le déranger. Mais c’est à ce moment qu’il se sent trahi par son corps car sa peau se fripe. On s’aperçoit donc que cette peau parfois nous trahit. Cette peau se métamorphose ; elle rougit, elle se ride. L’enfant qui se trouve dans son bain, voit le bout de ses doigts « plisser ». Il se sent trompé par cette peau qui lui désobéit. Il trouve cet aspect bizarre, plutôt laid. Il se pose alors une multitude de questions. Est-ce que je vais me transformer ? Est-ce que je vais ressembler à papi ? Est-ce que je vais devenir une sorcière ? On doit alors accepter ces changements, que l’on assume souvent avec l’habitude. Notre peau serait-elle donc aussi un lieu d’échanges multiples avec l’extérieur. Où est donc notre délimitation corporelle ? Notre peau est donc une surface linguistique. On instaure un langage entre elle et l’autre par le biais des sensations du toucher. On établit avec l’autre un dialogue autre que celui de la parole. Le toucher se présente alors comme la clé de l’échange. Le mystère est fort présent, d’où l’envie de découvrir l’autre un petit peu plus au fil des jours. La peau permet donc l’incorporation de nombreuses sensations. Il y a des degrés de sensations. On peut ressentir du plaisir, tout comme de l’hostilité, du refus. On constate donc une ouverture à l’autre, une ouverture au monde. Je me dépasse de moi-même. La timidité que notre peau renfermait, se libère en partageant un contact avec un individu. Des câlins, des caresses, des frissons, des baisers s’échangent. Toutes ses sensations intimes sont propres à chaque personne, elles sont uniques et permettent de se livrer, de dialoguer d’une autre manière avec l’autre. La peau est sensible aux caresses d’où les sensations de plaisir. Certaines parties de notre peau sont plus ou moins réceptives aux attouchements. En effet, cette sensibilité est du à l’innervation de notre peau plus ou moins dense en fonction des zones, d’où le nom de zone érogène. Et il paraît que les femmes en posséderaient plus que les hommes ! Ne serait-ce pas le rêve de nombreuses jeunes filles de communiquer leurs sentiments par le biais de la caresse ? La peau permet-elle un langage doux et efficace ? La peau nous donne-t-elle la possibilité de s’ouvrir à l’autre ? Est-elle alors vraiment une barrière infranchissable qui nous sépare de l’autre ? Ces sensations peuvent être ressenties par la caresse du vent, un frisson nous survole le long du dos. Qui ne trouve pas agréable la douceur du vent un jour ensoleillé de printemps ? Ou encore, on aime tout particulièrement se faire masser avec de la boue, et l’odeur des huiles essentielles. Nous sommes alors en harmonie avec notre corps et notre esprit. On se sent bien, on se détend, on est en confiance avec l’autre. Les frissons peuvent aussi parcourir notre corps lorsqu’il fait froid, lorsque l’on a peur ou encore lorsque l’on est ému. A l’exemple, de notre sensibilité qui s’extériorise à l’écoute d’une chanson que l’on trouve spécialement touchante. On dit souvent : « Oh, sa voix me donne la chair de poule. ». Notre peau retransmet alors ce que l’on éprouve. On peut aussi remarquer un tout autre sentiment qui se dévoile sur la peau lorsque l’on rougit. En effet, les gens timides virent au rouge pivoine quand ils prennent la parole devant plusieurs personnes. Ils trouvent cette situation embarrassante car elle les prive de leur aisance, dès lors ils sont trahis par leur propre peau. Celle-ci révèle donc la crainte, la gène de parler ou encore la perte de l’estime de soi. Notre corps parfois nous désobéit. Il transmet à l’autre quelque chose qu’il ne connaît pas, que l’on tente de lui cacher. Alors quand on perd le contrôle de celui-ci, la colère bouillonne en nous, on est vexé contre lui. On peut également noter l’exemple de la salle d’attente sans bruit lorsque l’on lorsque notre organisme émet des bruits malgré nous, borborygme ou autre gargoullis, on se sent aussitôt très mal à l’aise. Notre corps a décidé sans nous. On est alors très embarrassé envers les autres et très énervé par notre propre corps qui nous a échappé. La peau est donc perméable et laisse entrer et sortir toutes sortes d’émotions qui résultent de multiples sentiments. Suis-je donc totalement isolé de l’autre ? Ma peau me cache-t-elle de l’extérieur ou au contraire me dévoile-t-elle facilement ? On remarque que notre peau comporte moult aspects qui nous démasquent. Il permet à l’autre d’en connaître d’avantage sur nous. En effet, les cicatrices sur notre peau témoignent d’une chute d’enfance, d’une poussée d’acné quand nous étions adolescent, ou encore d’une opération chirurgicale plus ou moins douloureuse. Notre couleur de peau en dit un peu plus sur notre origine, l’eczéma peut traduire le stress. Nos rides d’expressions font partie de la personnalité de notre visage. On constate alors que nous pouvons observer qu’au fil de nos années notre peau est marquée par les expressions, émotions qui nous suivent perpétuellement : un plissement des yeux, le froncement des sourcils pour montrer notre étonnement, le sourire pour partager notre épanouissement. La peau montre alors quelques indices sur notre passé, notre vécu, notre âge. Les rides d’expressions sont plutôt vécues « positivement » car elles ne modifient pas l’expression de notre visage mais fait deviner à l’inconnu quelques traits de notre tempérament. La peau ne nous cache pas totalement. Cependant, les rides de vieillissement sont souvent appréhendées et rejetées par les humains, hommes et femmes. Effectivement, la peau fait naître un fantasme de l’éternelle jeunesse, un refus de vieillir. Qui ne rêve pas de conserver la peau douce et lisse de ses jeunes années ? Nombreuses sont alors les personnes qui veulent recourir à la chirurgie plastique pour paraître plus jeune, car ces rides témoignent de la langueur des années subies.. Mais notre peau ne serait-elle pas un vêtement que l’on porte chaque jour reflétant notre propre identité ? Ne doit-on pas l’accepter ? Car, c’est notre amie, depuis toujours elle nous supporte, on la supporte, on l’apprivoise. On en prend soin, on la soigne, elle est l’une nos préoccupations, l’un de nos objets de désirs qui fait naître plusieurs sentiments, envies et sensations. Cette peau est expressive et transmet à l’autre ce que l’on ressent, lui fait découvrir notre personnalité. C’est un lien raisonnable entre moi et l’autre. Elle nous sépare de l’inconnu mais nous rapproche nettement de celui que l’on apprécie. Notre peau est un organe essentiel pour notre vie, elle maintient l’équilibre entre notre intérieur et l’extérieur.

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