Influençable et confus

Publié le 18 Janvier 2017

« Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les dieux. »
Correction de copies. Celle de Kevin contient de nombreux passages confus. Je lui fais remarquer. Au moment où Kevin en convient, je lis dans ses yeux de la résignation et de l’impuissance. 
Kevin est un jeune homme qui se donne pourtant du mal, il travaille et montre une attitude sérieuse. Malgré cela il reste confus, mélangeant ce qu’il a appris, citant des auteurs sans les comprendre. Il est donc inutile d’encourager Kevin à continuer de travailler comme il le fait car cela ne fera qu’approfondir son sentiment d’impuissance et sa résignation.
J’entreprends donc de le questionner afin de mieux comprendre ce phénomène de confusion qui se manifeste chez lui. Cette confusion il ne la rencontre pas seulement en philo, aussi dans d’autres matières et aussi quand il parle, on peine à le comprendre. 
Puis je l’observe travailler en groupe sur un texte. Il s’agit de trouver l’idée principale. Il en propose une formulation pertinente, mais à peine entend-il la proposition beaucoup moins juste d’une autre élève, qu’il s’empresse d’être d’accord avec elle. Je fais remarquer à Kevin, ce qu’il vient de faire. À nouveau, je lui demande s’il est souvent d’accord avec ce que les autres disent. Il me répond que cela lui arrive très souvent. Je l’invite à nommer lui-même cette attitude en prenant un peu de distance. « Avez-vous déjà observé des personnes d’accord avec tout le monde ? et auriez-vous un nom pour qualifier ce genre d’attitude ? » 
Kevin propose le qualificatif « influençable ». Après ce point de vue général, je l’invite à revenir à son cas particulier. Oui, il peut s’attribuer à lui-même ce qualificatif. Il se voit en effet comme une personne influençable. Il semble même éprouver une forme de satisfaction, de soulagement à porter cet adjectif sur son comportement.
Il est possible maintenant d’établir le lien avec la confusion. Puisqu’il est souvent d’accord avec le dernier qui a parlé, il ne sait pas ce qu’il pense lui-même, il ne porte pas ses idées jusqu’au bout et elles finissent par se perdre au fil des discussions. Je compare, il ressemble à un père qui ne serait pas fier de son enfant, qui ne le pousserait pas, ne lui donnerait pas toutes ses chances. Nous rions.
Le fonctionnement de Kevin présente comme avantage de faire de lui un gentil garçon, il incarne le type du gars qu’on aime bien, toujours d’accord avec tout le monde, mais cela présente comme inconvénient de rendre ses propos confus et finalement peu fiables. 
Maintenant qu’il voit un peu mieux les choses grâce au questionnement, il est en mesure de sortir de son sentiment d’impuissance. Un choix se présente à lui : soit il continue à être d’accord avec tous au risque d’être influençable et confus, soit il porte ses idées jusqu’à leur terme et exprime son désaccord au risque de déplaire ou de se tromper. S’il veut se donner une chance de réussir sa dissertation, c’est cette deuxième option qu’il devra choisir.

Rédigé par L.Bouchet

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