Philosophie et confiance en soi

Publié le 26 Septembre 2016

Argumenter est une des compétences fondamentales qu’on apprend quand on philosophe. Argumenter, c’est-à-dire proposer à une question, une réponse justifiée par une raison la plus objective possible. L’argument implique un positionnement clair. Or développer cette compétence suppose de s’appuyer sur certaines attitudes existentielles.

1°On ne peut se positionner si on a peur de s’engager.

2° On ne peut trouver de raison la plus objective possible si on n’est pas capable de se décentrer.

3° Et si l’on cherche vraiment la raison la plus objective possible, il faut aussi posséder une certaine souplesse d’esprit qui fait qu’on accepte la critique et qu’on peut renoncer à une idée après examen pour en adopter une qui paraît meilleure.

Or s’engager, se décentrer, accepter la critique cela suppose de posséder une certaine confiance en soi. Comment un apprenti philosophe pourrait-il argumenter s’il ne possède pas un minimum de confiance en lui, s’il est tellement craintif qu’il n’est pas même en mesure de proposer son idée ? Il s’agit donc pour le philosophe plus avancé d’aider l’apprenti à développer cette confiance.

C’est pourquoi le travail sur les compétences s’accompagne d’un travail sur les attitudes. Tu veux philosopher et argumenter, il va falloir aussi apprendre à te positionner, à parler de façon audible et à te faire entendre.

Comment le professeur peut-il apprendre à développer cette confiance chez l’élève ? En lui faisant confiance. En le poussant à prendre des risques à sa mesure et en évitant le réconfort excessif.

Une expérience vécue en classe l’an dernier m’a donné sur ce point une leçon éclairante. Dans cette classe les élèves se moquaient souvent les uns des autres (les moqueries sont courantes chez les adolescents, elles produisent des comportements normatifs faisant rentrer chacun dans le rang.) A la fin de l’année, j'ai proposé aux élèves obnubilés par la présentation d’un oral pour le bac, de s’entrainer à la prise de parole devant le groupe. Chacun pourrait présenter son projet et le groupe lui renverrait des critiques afin de l’aider. J'ai proposé aussi de filmer ceux qui le souhaitaient afin qu’ils fassent sur eux-mêmes ce retour critique. Mais comme les moqueries n’avaient pas cessé depuis le début de l’année dans cette classe, les élèves ne se sont pas bousculés pour se présenter. Une jeune fille toutefois, un peu timidement, a levé la main. Aussitôt les autres élèves de la classe se sont écriés en riant « oui, vas-y, vas-y ». L’ambiance ne me semblant vraiment pas engageante, j'ai commencé par décourager la jeune fille en question. Valait-il la peine qu’elle subisse ces moqueries ?

Puis, après un temps de réflexion, nous avons eu l'idée que finalement, si elle était capable de passer devant ces moqueurs malveillants alors passer devant un jury de professeurs serait facile pour elle. L’argument a semblé convaincant et la jeune fille a donc présenté son projet devant la classe. Elle s’est exprimée clairement. A un moment elle a buté sur une idée, elle est devenue confuse mais elle s'est reprise calmement. Plus un bruit dans la classe, plus un ricanement, plus une moquerie, mais à la place une belle écoute. En les encourageant à se moquer d’elle pour l’entraîner, elle a su à la fois impressionner et décourager les autres élèves de se moquer. Ils ont compris qu’ils pouvaient toujours continuer, ce serait peine perdue.

Rédigé par L.Bouchet

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