Comment les hommes peuvent-ils faire pour vivre en paix?

Publié le 8 Mars 2015

Comment les hommes peuvent-ils faire pour vivre en paix?

Un commentaire d'un texte proposé par Senem, élève de terminale S

 

"Puisque, en effet, le libre jugement des hommes est extrêmement divers, que chacun pense être seul à tout savoir et qu’il est impossible que tous opinent pareillement et parlent d’une seule bouche, ils ne pourraient vivre en paix si l’individu n’avait renoncé à son droit d’agir suivant le seul décret de sa pensée. C’est donc seulement au droit d’agir par son propre décret qu’il a renoncé, non au droit de raisonner et de juger ; par suite nul à la vérité ne peut, sans danger pour le droit du souverain, agir contre son décret, mais il peut avec une entière liberté opiner et juger et en conséquence aussi parler, pourvu qu’il n’aille pas au-delà de la simple parole ou de l’enseignement, et qu’il défende son opinion par la raison seule, non par la ruse, la colère ou la haine."

Spinoza, Traité Téologico politique

 

 

Dans ce texte philosophique, Spinoza nous fait part de sa vision sur la question de la paix, qu'il relie aux notions de liberté de penser, de liberté de s'exprimer et de liberté d'agir. Le problème philosophique auquel répond l’auteur est le suivant : « Comment les hommes peuvent-ils faire pour vivre en paix ? ». Spinoza affirme que pour que chacun puisse vivre en paix, il faut renoncer à son droit d’agir suivant le seul décret de sa pensée et non à celui de raisonner et de juger. Pour parvenir à cette thèse, l’auteur montre d’abord à quoi renonce l’homme pour assurer la paix. Puis, dans une seconde partie, ce qui reste à l’homme pour pouvoir s’exprimer et de se montrer utile dans la société. Faut-il limiter sa liberté d’agir pour pouvoir vivre en paix ?

 

Tout d’abord, Spinoza pour exprimer sa vision sur la paix, commence par expliquer qu’il est impossible que tous les Hommes aient la même opinion. En effet, chacun pense qu’il sait tout sur tous les sujets. Cette prétention au savoir avait déjà été remise en cause par Socrate qui disait « La seule chose que je sais c’est que je ne sais rien ». Chacun pense tout savoir alors qu’au fond, il n’a jamais réfléchi à ce qu’il sait vraiment, et lorsqu’il se met à réfléchir sérieusement, il se rend compte qu’il ne connaît rien. Spinoza explique donc d’abord que les hommes sont en quelque sorte conditionnés à penser ainsi. Or, il n’est pas possible d’assurer la paix dans la société si chacun pense qu’il détient la vérité.

 

Par conséquent, il est indispensable de renoncer à son droit d’agir suivant « le seul décret de sa pensée ». En effet, Spinoza explique ici qu’il est impossible pour pouvoir vivre en paix, d’agir en ne pensant qu’à soi-même ou en pensant à ce qu'on croit savoir et qui nous semble juste. D’ailleurs, si tout le monde agissait sans penser aux autres, et donc faisait tout ce qu’il veut, tout ce qu'il pense cela provoquerait un manque de respect envers les autres qui se sentiraient empêchés dans leurs actions. Or le respect de chacun est fondamental pour assurer la paix dans une société. Nous avons des droits mais il ne faut pas oublier que je ne suis pas tout seul et donc que les autres en ont également. L’un de mes droits est d’être respecté mais j’ai le devoir de respecter les autres. Spinoza montre alors dans ce texte philosophique qu’on ne peut pas agir selon le libre décret de sa pensée car alors on risque de ne pas respecter les autres.

 

La question est alors de savoir si l’on peut tout de même agir mais cette fois avec les autres pour vivre en paix et cela dans le but de faire évoluer des choses. La réponse de Spinoza semble être non car tout le monde doit être d'accord ce qui est malheureusement presque impossible donc mieux vaut s'en remettre à l'Etat ou au « droit du souverain ». Dans cette première partie, Spinoza affirme donc qu’il faut limiter sa liberté d’agir pour pouvoir assurer la paix de tout le monde.

 

 

Dans une seconde partie, Spinoza montre que bien que l’homme doit renoncer à son droit d’agir suivant le seul décret de sa pensée, il lui reste tout de même d’autres formes d’expression en raisonnant et en jugeant. En effet, Spinoza dit que mis à part son droit d’agir, rien n’empêche l’homme de juger, donner son opinion et donc de parler. En effet, parler suppose en principe un dialogue alors qu’en agissant directement, on ne se demande pas ce qu’en pense l’autre. Mais Spinoza nuance son idée en disant que parler ne doit pas dépasser la simple parole ou l’enseignement, c’est à dire qu'on peut parler dans le seul but d’apprendre quelque chose et de raisonner ensemble mais non de faire changer quelque chose.

 

De plus, Spinoza montre ici que des causes extérieures à la raison comme la ruse, la colère, la haine peuvent influencer nos paroles. Or ces causes extérieures ne doivent en aucun cas influencer ces paroles car si elles interviennent, on ne réfléchit plus par nous-même. D’ailleurs, faire intervenir autre chose que notre raison fait de nous quelqu’un d’autre car on ne réfléchit plus en fonction de nous mais en fonction des autres auxquels nous nous soumettons. Par exemple, lorsque nous agissons par la colère ou la haine, la seule chose que l’on souhaite est de se venger ou faire du mal à la personne en face. Nous sommes donc soumis à la fois à notre sentiment de colère ou de haine et nous nous mettons en position de nous soumettre à l'autre auquel nous donnons un grand pouvoir sur nous puisqu'il devient la cause de notre action. Nous ne réfléchissons plus par nous-même mais nous sommes soumis à cette seule envie de faire souffrir cette personne. Réfléchir de cette façon fait alors que nous perdons notre liberté. C’est donc pour cela, que Spinoza dit qu’il ne faut en aucun cas défendre son opinion par la ruse, la colère ou la haine et que cela nous enlève notre liberté d’expression.

 

S'il s’agit de dire tout ce que l’on veut sans réfléchir auparavant, on peut être confronté à des problèmes que nous n’avions même pas imaginé. On peut d’ailleurs faire un lien entre ce texte philosophique et les événements de l’attentat de Charlie Hebdo. Les caricaturistes se sont exprimés en dessinant mais ils n’ont pas réfléchi à quel point ils pouvaient blesser un grand nombre de musulmans. Peut-on dire quelque chose si l'on sait que la personne en face sera blessée ? De leur côté, les terroristes ont agi soit disant au nom de l’Islam sans réfléchir aux conséquences que cet attentat crée partout dans le monde. En effet, ils ont répandu une mauvaise image de l’Islam ce qui fait augmenter considérablement le nombre d’islamophobes dans le monde.

 

Grâce à ce texte de Spinoza on peut faire un lien avec attentats et la liberté d’expression. En effet, je pense que les caricaturistes ne se sont pas exprimés par la raison seule car s’ils l’avaient vraiment fait, ils auraient pensé que leurs dessins pouvait blesser des millions de musulmans et que cela pouvait entraîner des conséquences violentes. D’autre part, les terroristes ont agi d'après leur opinion, d'après ce qu'ils croyaient savoir, ce qui empêche complètement la paix, comme nous l’avions vu dans la première partie. Spinoza montre alors dans cette deuxième partie, qu'il faut supprimer son droit d’agir en pensant qu’à soi-même ou à ce que nous prenons pour vrai mais se priver de cette liberté ne fait pas disparaître sa liberté de donner son opinion ou juger. Liberté qu'il faut même encourager pour une plus grande clarté et pour le bien de tous. Cependant, il ne faut réfléchir que par soi-même et en aucun cas réfléchir en faisant intervenir des causes extérieures, qui au final nous font perdre notre liberté.

 

 

Pour conclure, dans ce texte philosophique, Spinoza nous montre qu’il faut limiter sa liberté d'agir pour pouvoir vivre en paix, mais cette limitation ne nous empêche en aucun cas de nous exprimer. En effet, pour pouvoir vivre en paix, on a notre liberté de parole. Cette liberté est par ailleurs toute suite perdue dès qu’elle se laisse influencer par des causes extérieures.

 

Rédigé par Laulevant

Publié dans #Corrigés de commentaire de texte

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L.S. 05/09/2015 05:45

J'ai trouvé votre texte long mais bien intéressent.

Je n'es pas fais une grande réflexion la dessus c'est juste une petit idée comme ca.
Si depuis qu'un enfant commence l'école il suit un classe disons de philo année après année et que l'on y enseigne une bonne base de respect envers sois et les autres.
Je pense que cela pourrais bien être possible de vivre en liberté totale sans limiter sa liberté d'agir.
Car ces jeune qui deviendrons des adultes qui respecteront les autres comme eux même.

S'il y aurait des petits délinquant dans ces classe, hypothétiquement dans un monde comme celui la je pense que si une personne voudrais commencer la chicane avec des gens qui sont conscient de « La seule chose que je sais c’est que je ne sais rien » Il n'y aurais pas de chicane, cela serai un monde de paix.

J'aimerais offrir plus d'explications mais je ne désir pas écrire un long texte et l'écriture n'es pas ma force pour m'exprimer.

Qu'en pensez-vous ?

Merci

Laulevant 13/12/2015 10:02

Bonjour, si jamais vous n'avez rien de mieux à faire n'hésitez pas à faire un commentaire sur la page amazon de ce livre. La pratique philosophique n'est pas connue, mes collègues de philo la regardent de travers mais petit à petit les idées et les pratiques finiront peut-être par émerger. :)

L.S. 13/12/2015 09:04

Il n'y as pas de trouble pour le retard.
J'apprécie que vous ayez répondu, merci !

Je tenais a vous dire que j'ai trouvé votre livre Philosopher pour se retrouver excellent.

Mes meilleures salutations L. Silva

Laulevant 29/09/2015 12:00

Bonjour, je vous réponds avec beaucoup de retard. Veuillez m'en excuser. En effet si les enfants apprenaient dès leur plus jeune âge à écouter les autres, à vraiment faire attention à ce qu'ils disent de façon à respecter activement et non passivement, il y aurait moins de violence. On serait prêt à admettre qu'on ne sait pas, que ce n'est pas un drame et que c'est même une richesse de ne pas savoir car cela permet de se questionner. Vous dites que vous n'êtes pas fort à l'écrit. N'hésitez pas à participer aux ateliers où l'on travaille à l'oral. Vous trouverez le programme dans "agenda des ateliers". J'en propose par Skype, aucune connaissance particulière n'est requise pour y participer. Il faut juste être prêt à écouter les autres, à accepter qu'on ne sait pas ce qu'on croit savoir et peut-être aussi qu'on sait ce qu'on croit ne pas savoir, bref, être prêt à changer de point de vue. Cordialement Laurence Bouchet